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ACTUALITé - CULTURE - PORTRAIT D'ARTISTES AVEC UKA

RONY SIDON : J'aime brasser les cultures dans mes visuels

France-Antilles Guadeloupe 30.10.2017

Rony Sidon fait partie des rares artistes guadeloupéens exilés en Irlande. Son travail de sculpture sur carton axé sur les thèmes de l'exclusion et de l'identité en fait un artiste à part, unique. Ses oeuvres étonnent et interpellent et nous avons profité de son retour au pays pour-faire une petite interview UKA.


Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Je suis Rodrigue Sidon aka Rony, artiste basse-terrien. Ma formation artistique a été les Beaux arts de Martinique pendant 3 ans et puis Toulouse pour l'obtention du DNESP (1). Durant cette période, j'ai eu la chance d'être l'un des assistants de l'artiste Ben Vautier. Ensuite, j'ai monté deux projets européens, le EVS (Service volontaire Européen) et le Futur Capital en Irland. Depuis 1998, je vis et travaille à Dublin, en Irlande. J'entretiens une activité artistique tout en étant Artwork project manager dans une compagnie pharmaceutique.
Quelles sont vos techniques de travail ?
Je travaille sur du carton, un matériau de prédilection très facile à trouver dans la rue et qui renferme, à mes yeux, un certains nombres d'éléments de réflexion comme l'exclusion, la résilience, et bien sûr, la couleur marron qui me renvoie a nos héros, les Nèg mawon. Je déchire, découpe, superpose, scotche le carton en lui donnant un autre réalité. J'aime le dessin contemporain et tout ce qui a un rapport avec le puzzle, le caractère hybride dans mon approche. La pratique du dessin est pour moi comme une expression des émotions en agençant un ensemble de signes et symboles créés de manière spontanée, improvisée comme le jazz. J'entretiens une pratique quotidienne du dessin que je nomme « free drawing » . Dans lequel je questionne le pouvoir de la perception de la ligne, le geste, la trace sous la notion de la mémoire de la main. « Celui qui fabriquait la forme était réduit à le faire sans sacré. Et pire : il n'allait pas à l'oeuvre, il sacrifiait à la besogne. Le geste créateur de chaque plasticien antillais, caribéen, créole américain, confronte encore cet impossible. Dans ce qui s'est effacé chaque trace épelle, chaque trace appelle » , (Patrick Chamoiseau, La matière de l'absence).
Quelles sont vos sources d'inspiration ?
Ancrées dans la vie caribéenne bien sûr, mais aussi à l'extérieur. Clara Walker (Ndlr : plasticienne afro-américaine), John Cage (musicien et plasticien américain), El Anatsui (plasticien africain), Julie Mehretu l (plasticienne Éthiopie), l'art celtique, l'art ethnique en général. J'aime bien brasser les cultures dans mes visuels. J'aime aussi les mangas, la BD et bien sûr le contact avec la nature (les rivières, le bruit de la mer, etc.) reste la source principale. Une très forte pensée pour la Caraïbe, après les multiples phénomènes naturels qu'elle a subis.
Qu'est-ce qu'être un artiste caribéen, aujourd'hui ?
C'est un artiste ancré dans son héritage mais aussi ouvert au monde dans son esthétique et dans son approche.
Commentez-nous l'oeuvre choisie pour illustrer cet article...
L'oeuvre s'appelle Black roots line.
C'est une pièce récente qui se présente avec des morceaux de carton découpés sur des formes abstraites et géométriques renvoyant à des signes et des symboles de différentes cultures positionnés sur de la toile de jute à l'aide de Velcro et de pointillés. C'est une pièce démontable. Chaque carton est numéroté au dos, ce qui permet de prendre en compte l'aspect territorial. L'oeuvre a été faite en Irlande et a un caractère nomadique. On peut la déplacer malgré son grand format comme un « meuble » .
(1) Diplôme national supérieur d'expression plastique. ronyart@gmail.com / www.ronysidon-art.com.

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