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200 agriculteurs n'ont plus d'existence légale

France-Antilles Guadeloupe 06.10.2018
Annick FABRICE

4RÉAGIR

200 agriculteurs n'ont plus d'existence légale
Agrigua n'a pas enregistré les déclarations de surface de 200 agriculteurs qui, de ce fait, ne peuvent prétendre à aucune aide. (Dominique Chomereau-Lamotte)

Leur déclaration de surface n'ayant pas été enregistrée sur la plate-forme qui recense l'ensemble des agriculteurs du territoire national, 200 exploitants agricoles n'ont plus droit aux aides allouées par l'État. L'Agrigua, l'association qui transmet les données, aurait été victime d'un bug informatique. Elle ne donne aucune explication aux intéressés et se refuse à toute déclaration.

La colère gronde chez plus de 200 agriculteurs - toutes filières confondues - qui n'ont plus d'existence légale et qui, par conséquent, ne peuvent plus prétendre aux aides de l'État (prime de la vache allaitante, aide à la garantie de prix, aide au transport, etc.), ni à celles inclues dans le programme d'options spécifiques à l'éloignement et à l'insularité (Poséi). Un manque qui les prive d'une bonne partie de leurs revenus. Une situation dans laquelle ils se trouvent malgré eux, car leur déclaration de surface - document à fournir obligatoirement - n'a pas été enregistrée sur la plateforme nationale qui recense tous les agriculteurs du territoire français.
Concrètement, les agriculteurs de Guadeloupe doivent déposer chaque année, dans un délai imparti (mars à juin), leur dossier avec la déclaration de surface, dans leurs Sica respectives. Ces dernières jouent le rôle de collecteur pour le compte de l'association Agrigua, qui après avoir instruit et contrôlé les documents reçus, procède à l'enregistrement de la déclaration de surface sur Telepac, la plate-forme nationale. Un service rendu que les agriculteurs payent à l'association. Or, il semble que cette année, l'Agrigua, présidée par Bruno Wachter, ait été confrontée à un bug informatique. Conséquence : toutes les déclarations n'ont pas été envoyées. Deux cents au total. Impossible d'avoir les explications et de connaître les mesures qu'elle compte prendre pour rectifier le tir.
AUCUN RÉPONSE DE LA PART D'AGRIGUA
Interrogé par téléphone, le président Bruno Wacther a refusé de répondre à nos questions. « S'ils ont quelque chose à me dire, qu'ils le fassent directement. Je n'ai à répondre à aucune question de journaliste. Je n'ai que faire des intermédiaires » , a-t-il répondu, en s'excusant d'être aussi sec.
Sauf que d'après les agriculteurs concernés que nous avons contactés, Bruno Wachter n'a rien à leur dire également. « J'ai tenté d'en savoir plus, je n'ai reçu aucune réponse. Je sais, par le biais de la Sicadeg que le dossier n'a pas été envoyé par l'Agrigua. Il y a eu un problème, semble-t-il » , explique Frantz Galois, agriculteur installé à Port-Louis. « Cette situation dans laquelle nous avons été mis est grave. Notre déclaration de surface n'a pas été envoyée alors que nous l'avons donnée dans les temps. Donc nous n'existons pas pour les services de l'État et nous ne pouvons donc prétendre à rien. Et le pire dans tout ça, c'est que l'Agrigua reste silencieuse. »
Même son de cloche auprès de Kelly Gène, exploitant dans le Nord GrandeTerre. « J'ai déposé ma déclaration de surface le 9 mars à la Sicadeg. C'est cette dernière qui, il y a quelque jours, vient de m'informer que mon dossier n'a pas été enregistré par l'Agrigua. Hier, j'ai appelé la Daf (direction de l'agriculture et de la forêt, NDLR) pour en savoir plus. Elle m'a bien confirmé que je ne figure plus sur la liste nationale. Donc pour elle, je n'exerce plus le métier d'agriculteur. Je n'ai donc plus droit aux aides. C'est gravissime » , explique l'exploitant.
Lui non plus n'a aucune explication de l'Agrigua qui ne répondrait pas aux différents courriers qui lui sont adressés par les Sica. « C'est donc que le président s'en fout . »
Ce samedi matin, les 26 agriculteurs concernés dans le Nord Grande-Terre vont se réunir pour savoir la suite à donner à cette affaire.
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VOS COMMENTAIRES
  • derision - 09.10.2018
    AHURICULTEUR.........
    Il ne suffit pas de venir aux bords des routes avec une camionnette de POYOS pour être agriculteur.....
    Il y a d'autres paramètres à prendre en compte
    et là........HUM.....
  • iMandarinGriot - 07.10.2018
    Lire, cocher, envoyer ! Absolument obligatoire !
    Voici un second commentaire sur ces 200 dossiers disparus. J’y reviens sur cette habitude néfaste, qu’une énorme majorité de mes compatriotes pratique : aller trouver quelqu’un dès qu’il s’agit de remplir des papier ou plutôt de cocher.
    J’ai lu que ces planteurs vont se réunir et je sais qu’ils vont, comme d’habitude, bloquer des ronds-points, ralentir la circulation, squatter les télés locales sans cafouillage car leur longue habitude leur confère désormais une technique sans faille.
    Je leur dis : Achetez un ordinateur, une imprimante-multi-fonction et ensuite asseyez-vous devant et familiarisez-vous avec avec l’aide de vos enfants, petits-enfants, voisins. Apprenez à cocher les cases, scanner vos documents, à les envoyer à qui de droit sans passer par des intermédiaires qui sont payés et qui ne vous répondent pas quand un problème survient.
    Voici ce que je disais le 21/02/218 dans un commentaire dont le titre est éloquent : Apprendre à cocher obligatoire !
    “ Mes compatriotes sont allergiques à la lecture, à l'écrit , à s"asseoir pour remplir un document, cocher des cases, actions que réclament la vie réelle dans les pays avancés socialement. Mes agriculteurs paient ce refus par des dossiers qui leur sont renvoyés car non remplis correctement.
    Remplir correctement un dossier cela s'apprend comme le maniement du clavier et et de la souris mais ma population ne veut pas préférant le festif. “
  • Azouren - 07.10.2018
    Affligeant de sottise insulaire ...
    Depuis le "Grand Carnaval" de février 2009, notre minuscule Pays coule de plus en plus.
    Si nos Elus locaux disposent de beaucoup de pouvoir en revanche très peu sont vraiment capables de diriger.
    200 Paysans privés d'aide à cause d'un bug ! En réalité, c'est la conséquence d'un "boug" incompétent !..

    Le pire reste l'incendie de notre CHU à cause d'un mégot.

    Nous avons besoin d'un Homme ou d'une Femme d'Etat qui aura vraiment le courage de taper du poing sur la table.

    Quant aux Paysans, je leur conseille d'aller couper eau & l'électricité chez B.W. ...
  • iMandarinGriot - 06.10.2018
    Vive la routine !
    Je résume : mes planteurs remettent leur dossier à leur Sica qui jouent le rôle de collecteur pour l’Agrigua qui contrôle, enregistre ensuite sur Télépac. L’Agrigua aurait eu un bug et 200 agriculteurs ont disparus ! Ils ont payé pour un service qui n’a pas été fait. Et depuis c’est silence radio de la part de l’Agrigua : reporters, agriculteurs, Sica.
    Cette situation est tout à fait conforme à la manière dont fonctionne mon île. J’admire le fantastique toupet de mes élus quand ils sont mis en cause, les fantastiques explications qu’ils me sortent. J’en suis ébloui et j’aime tellement leurs prestations que je vote à chaque élection pour qu’ils reviennent en saison 2, 3, 4 ... J’attends déjà avec impatience les explications de Monsieur le Président Bruno Wacther car je sais qu’il va m’éblouir par ses explications lumineuses, claires !
    Ce genre de situation où le service rendu n’est pas effectué et où le responsable est injoignable, souvent sans téléphone , sans adresse e-mail,où il faut lui envoyer un courrier par recommandé, est le mode de fonctionnement de mon île. Je reconnais que je vais rarement dans les files d’attente, privilégiant internet à outrance et qu’à chaque fois, je reste sidéré par la manière dont je suis reçu et les autres. Je vais être cynique : je m’adresse dans un français châtié et le tour est joué !
    Je prévois donc : ronds-points bloqués, circulation ralentie, passages répétés à la télé. La routine quoi !
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