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Des éleveurs en colère bloquent l'abattoir du Moule

France-Antilles Guadeloupe 09.11.2017
Annick FABRICE

4RÉAGIR

Des éleveurs en colère bloquent l'abattoir du Moule
Justine Bénin ne s'est pas laissé impressionner par les éleveurs qui, pour certains d'entre eux, ont le verbe haut. Elle leur a demandé de faire preuve de sagesse et de permettre à leurs collègues de travailler. (A.F.)

Une fois de plus, l'abattoir du Moule a fait les frais de la colère des éleveurs qui en ont bloqué l'accès, mercredi matin. Ils veulent des solutions pour éradiquer les tiques, les mouches et la gale qui infestent leurs cheptels.

« L'État et les collectivités ont assassiné l'élevage » , inscrit sur le tee-shirt de Charly Singarin, président du Syndicat régional des éleveurs de Guadeloupe. Hier matin, avec l'aide de quelques collègues, il a entravé l'entrée de l'abattoir du Moule. Nous manifestons parce que nous rencontrons des problèmes sanitaires qui ne sont pas résolus depuis des années. Nous devons faire face aux tiques, à la prolifération des mouches et à la gale. Malgré toutes les promesses, rien ne se passe » , explique Charly Singarin. « Nou pé ké débaré tout tan yo pa di nou on pawòl séryé » , poursuit un autre éleveur qui a le verbe haut.
Il en fallait plus pour impressionner la députée Justine Bénin qui a été appelée sur place. Elle est arrivée en tongs, chapeau de paille vissé sur la tête. « J'était partie juste pour emmener ma fille à l'école » , raconte-t-elle, afin d'expliquer sa tenue. Qu'importe, après avoir écouté les professionnels, elle s'est saisie de son téléphone pour contacter le préfet, le sous-préfet, la Région et le Département. Une série de coups de fil qui a abouti à l'organisation d'une réunion lundi, à 15 heures, en un lieu qui n'était pas encore défini.
L'ABATTOIR : UN LIEU SYMBOLIQUE
Cependant, le coup de force opéré par le syndicat n'était pas au goût de tous les éleveurs, particulièrement de ceux venus livrer leurs bêtes pour l'abattage. En réalité, l'abattoir n'est pas directement concerné par les revendications du syndicat. « Ce n'est qu'un lieu symbolique pour établir une certaine pression » , explique un professionnel resté en retrait. Une méthode qui, pour l'heure, n'a pas donné de grands résultats puisque ce n'est pas la première fois que les éleveurs de bovins, notamment, descendent dans la rue. L'an dernier, ils avaient mené une opération escargot pour évoquer le même sujet et exiger des réponses. Après de longues palabres, aucune solution concrète n'avait été trouvée. Pour cause, les recherches menées par les organismes agréés (Inra, Cirad) n'ont pas permis de découvrir de remède miracle.
Ce sont tous les élevages de la Caraïbe qui sont infestés. Selon les États, des programmes différents sont menés pour limiter les conséquences. En tout état de cause, les éleveurs ont décidé de s'inviter aujourd'hui à la réunion de travail prévue de longue date par l'Iguavie (Interprofession guadeloupéenne de la viande et de l'élevage) avec les collectivités. Une rencontre destinée à évoquer l'économie agricole (la production, l'organisation des filières, etc.) et à définir des plans d'actions. « Il est certain que quand on est trop nombreux autour de la table, les discussions vont dans tous les sens, et en finalité, les dossiers ne sont pas traités » , explique un administrateur, en réponse aux éleveurs qui ont regretté « d'avoir été exclus des discussions » .
EN CHIFFRES
Les 160 cochons et 30 boeufs présents dans l'enceinte de l'abattoir avant le blocage ont été abattus. Les éleveurs arrivés après ont été contraints de repartir avec leurs animaux.
« La profession devrait se responsabiliser »
À croire un éleveur qui a assisté silencieusement aux échanges qui ont eu lieu devant la porte de l'abattoir, les professionnels doivent d'abord s'en prendre à eux-mêmes. « Il existe le Groupement de défense sanitaire - groupement qui a en charge la santé animale et la sécurité sanitaire dans les élevages, NDLR - qui est moribond. Cette structure est morte tellement elle est endettée. Qui en avait la gestion ? les éleveurs » , constate l'homme qui préfère n'entamer aucune discussion avec les manifestants. Pour lui, les professionnels doivent se responsabiliser car il est aussi prouvé que les croisements génétiques hasardeux fragilisent le bétail et favorisent la prolifération de la gale (dermatophilose), en particulier. « Ils font croisement sur croisement » , raconte un autre éleveur, qui confirme les propos de son collègue. « Un animal hydride, issu d'un croisement entre deux animaux de race pure doit être abattu pour la consommation. Ce que ne font pas beaucoup d'éleveurs qui croisent l'hybride avec un autre bovin sous prétexte que le rendement a été bon. Résultat : contrairement aux boeufs créoles, ces animaux sont moins résistants. »
Des propos qui ne feront pas plaisir aux manifestants qui réclament aussi des traitements nouveaux pour leur cheptel, estimant que ceux existants (le Taktik, le Butox ou le Béticole) ne sont plus efficaces. « C'est comme pour les humains, à force d'être trop utilisé, le médicament ne fait plus effet. Il faudrait sans aucun doute envisager d'avoir un usage raisonnable et ne pas se les passer entre professionnels » , rétorque l'éleveur qui contient sa colère. Vu l'état d'agacement de ses collègues « barreurs d'abattoir » , il a préféré faire profil bas et repartir avec les animaux qu'il souhaitait faire abattre aujourd'hui.
Trop de documents à fournir
À chaque fois, les agriculteurs se plaignent d'une administration trop tatillonne, selon eux. Face à Jean-Marie Hubert, vice-président de la Région et président de la commission agriculture, venu sur place, les éleveurs ont estimé trop longue la liste des pièces à fournir pour obtenir l'aide d'urgence débloquée par la Région après Maria. Des arguments qui ont été réfutés par l'élu qui a tenté d'expliquer le rôle de chacun (la Région, la chambre d'agriculture) et la nécessité pour le professionnel agricole de bien gérer son exploitation. Donc d'être en mesure de fournir les documents exigés.
Justine Bénin, députée : Faire preuve de sagesse
« Je leur ai demandé de faire preuve de sagesse. La Guadeloupe ne peut pas avancer avec des petits conflits qui s'ajoutent à d'autres. J'ai pu obtenir la tenue d'une réunion avec la présence de toutes les autorités concernées. Il faut que nous apprenions à nous écouter et il faut également que chacun de nous fasse preuve de responsabilité. La filière doit être mieux structurée. »
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VOS COMMENTAIRES
  • moranus - 10.11.2017
    i grossew à bef la
    Il n'a pas l'air de s'élever soi même ce gros éleveur?
  • moranus - 10.11.2017
    On achève bien les chevaux
    Certains éleveurs qui crient famine ne se gênent pas pour rouler carrosse!
  • ouifi - 09.11.2017
    Les tiques et l'éthique des éleveurs
    Quand on confond les deux...Cela conduit aux barrages.
  • mécréant - 09.11.2017
    C le système des barrages,c le meilleur moyen actuellement de se faire entendre !
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