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Philippe Guy : « Pour faire baisser les prix, il faudrait maîtriser nos coûts de production »

France-Antilles Guadeloupe 04.12.2017
Propos recueillis par Estelle VIRASSAMY

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Philippe Guy : « Pour faire baisser les prix, il faudrait maîtriser nos coûts de production »
(Roberto BIRHUS)

Basée sur les trois départements français d'Amérique - Martinique, Guadeloupe et Guyane -, la Société anonyme de la raffinerie des Antilles (Sara) est en constante évolution. Philippe Guy, directeur général de l'entreprise de raffinage, présente quelques-uns des projets.

Vous avez lancé des projets dans le domaine des énergies nouvelles. Pouvez-vous nous en dire plus ?
INDUSTRIE.Nos projets sont surtout centrés sur l'addition de deux technologies : la production d'électricité à partir des panneaux solaires, c'est-à-dire du photovoltaïque et le stockage de cette énergie par la voie de l'hydrogène. C'est ce qu'on appelle une combinaison hybride. Lorsqu'il y a beaucoup de soleil, ça permet de produire beaucoup d'hydrogène. Cet hydrogène peut être remis dans une pile à combustible pour produire de l'électricité la nuit, quand il y a un pic de consommation. Le concept est assez simple, mais ça requiert des technologies très modernes, surtout en termes de pilotage informatique de l'installation.
Où en êtes-vous dans la réalisation de ce projet ?
En Martinique, nous avons une première centrale photovoltaïque de 4 hectares en construction. Il faut savoir que pour produire 1 mégawatt, c'est-à-dire à peu près le besoin en puissance de 3000 habitants sur nos territoires, il faut une combinaison entre une centrale photovoltaïque et l'hydrogène qui va prendre une emprise de 6 à 7 hectares au sol. On réfléchit évidemment à d'autres solutions. Nous avons aussi un projet innovant de centrale hybride en Guadeloupe, avec ce principe de stockage de l'énergie via l'hydrogène qui semble être la voie de l'avenir.
Que deviendra cette production ?
Nous ne sommes pas du tout dans une concurrence avec EDF. Ce sont de toutes petites puissances. L'électricité produite est revendue à EDF, avec qui nous discutons pour savoir quand il en a besoin. C'est un projet tout à fait collaboratif.
Aujourd'hui, d'où viennent les capitaux de la Sara ?
Ce sont des capitaux 100% privés. 71% sont détenus par le groupe français Rubis, qui s'est énormément développé ces dernières années dans la Caraïbe.
Le groupe barbadien Sol détient 29%. Ce sont des opérateurs qui sont attentifs à leur marché et savent le gérer.
Le prix du carburant est un sujet qui fait souvent débat. De quoi se compose-t-il, et est-il différent sur les trois territoires ?
Le prix du carburant lorsqu'il sort de la raffinerie de Martinique ou des dépôts de Guadeloupe et de Guyane, avant l'ajout des taxes et des coûts de transport, est exactement le même. C'est à peu près 65 centimes. Après, il faut y ajouter les coûts de transport, la marge des distributeurs, les compagnies pétrolières, et la marge du gérant.
Aujourd'hui, quand vous allez à la pompe, plus de 80% du prix, c'est le coût de la matière première (pétrole brut) et les taxes (lire par ailleurs). À chaque fois que le prix du pétrole brut augmente, le prix du carburant à la sortie de la Sara et à la station-service va augmenter le mois suivant. Quand le prix du pétrole brut baisse, le prix du carburant baisse. Tous les mois, nos prix sont contrôlés par la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (Dieecte).
Comment pourrait-on faire baisser les prix des carburants ?
À notre niveau, pour faire baisser les prix, il faudrait maîtriser nos coûts de production. Il faudrait acheter le pétrole brut qui nécessite le moins d'énergie possible. C'est un exemple d'optimisation. Il y a un deuxième levier, qui est encore plus intéressant que la maîtrise des coûts. Si, avec la même activité, le même outil industriel, vous fabriquez des produits qui ont une valeur plus importante sur le marché, vous allez créer plus de valeurs. Par exemple, vous pouvez choisir de faire du bitume à la place du fioul lourd. Aujourd'hui, sur les territoires antillo-guyanais il se vend beaucoup plus cher. C'est un projet que nous avons à l'étude et qui doit passer en première approbation au conseil d'administration le 14 décembre. L'autre piste pour faire baisser les prix des carburants, c'est la fabrication de CO2. Sur les territoires antillo-guyanais, 3000 tonnes de CO2 sont importées chaque année. Ce CO2 est utilisé par les compagnies qui produisent de l'eau potable, les brasseurs, les entreprises qui sont dans la métallurgie, etc. Pourquoi ne pas le fabriquer localement ?
D'où vient le pétrole brut qui arrive dans les DFA ?
Il vient majoritairement de la mer du Nord. On importe 700000 à 800000 tonnes par an. Pourquoi la mer du Nord ? D'abord parce que le prix de transport n'est pas le plus cher, bien au contraire. Ensuite, ce que l'on achète, c'est le rapport qualité/prix. On peut acheter du pétrole brut vénézuélien, qui sera moins cher que celui de la mer du Nord, mais quand il faudra le traiter on aura des coûts de production extrêmement élevés.
LA SARA AUJOURD'HUI
La Sara est une entreprise de raffinage créée en 1969 pour assurer l'indépendance énergétique de la Martinique et de la Guadeloupe. La raffinerie est installée en Martinique. La Sara est présente en Guadeloupe à travers son dépôt de Jarry, construit en 1970. Son arrivée en Guyane date de 1982 avec la construction du dépôt de Degrad-des-Cannes, puis la mise en service de celui de Kourou en 2000. À partir du pétrole brut, l'outil industriel produit du gaz butane, du gazole, de l'essence, du kérosène et du fioul lourd. Sa capacité de production est d'environ 800000 tonnes/an.
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C'est, en millions d'euros, le chiffre d'affaires de la Sara. De par ce chiffre d'affaires, la raffinerie un acteur majeur du PIB des trois territoires.
UNE ENTREPRISE QUI DÉFEND SON ANCRAGE LOCAL
La Sara représente aujourd'hui 600 contrats, dont 300 contrats Sara, donc c'est 600 familles antillo-guyanaises. « Nous sommes implantés sur les trois territoires avec la caractéristique suivante : quand on se développe, nous voulons nous développer sur les territoires. Depuis deux ans, nous avons recruté 45 personnes avec une augmentation de notre effectif net de 26 personnes soit pratiquement + 10%. Et ce sont toutes des personnes Antillo-Guyanaises. » Vingt salariés travaillent au dépôt de Jarry.
RÉPARTITION DE LA PRODUCTION
Après transformation, le pétrole brut acheté par la Sara est vendu sous forme de :
- Gaz (bouteille) : 2%
- Essence : 30%
- Diesel : 25%
- Carburéacteur : 15%
- Fioul lourd : 28%
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VOS COMMENTAIRES
  • Baimbridge - 04.12.2017
    L'Europe et les USA
    L'Europe commerce avec les USA, un projet d'accord de libre échange est ou était dans les tuyaux, mais on voudrait nous faire croire qu'importer de l'essence de Porto Rico à 500 km ou Miami n'est pas possible? A St Martin comme à St Barth où l'essence est moins chère venant des raffineries américaines ou d'Aruba, les voitures roulent. Alors pourquoi pas en Guadeloupe? Les histoires de normes européennes plus qualitatives que les normes américaines me font rire. Approvisionnons nous aux USA bien plus près de nos côtes. On veut de leurs touristes mais pas de leurs carburants. Le lien avec Paris ne serait pas remis en cause. Vous en connaissez des mouvements indépendantistes à St Barth avec ses 4% de chômage?
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