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Stephan Martens : « Pourquoi les élèves guadeloupéens seraient-ils condamnés à réussir moins bien que les autres ? »

franceantilles.fr 15.02.2017
Propos recueillis par André-Jean VIDAL

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Stephan Martens : « Pourquoi les élèves guadeloupéens seraient-ils condamnés à réussir moins bien que les autres ? »

Stephan Martens, professeur de civilisation allemande à l'Université de Cergy-Pontoise, ancien recteur de l'académie de la Guadeloupe, vient de publier L'Ecole, le dernier rempart. Carnet de route d'un recteur en Outre-mer, éditions Jasor, 2017. Entretien.

De la Guadeloupe, vous dites : « J'y ai connu l'apprentissage enrichissant du pilotage d'une académie particulière et totalement intégrée dans le système éducatif français, une académie qui pourrait, dans de nombreux domaines, nous fournir des modèles innovants ». Vous faites état de réussites étonnantes : 86,5 % de réussite au baccalauréat général ou encore 92,8 % de réussite au baccalauréat technologique. Surprenant, non ?
Tout d'abord c'est le mot surprenant qui m'étonne. Les réussites de l'académie de la Guadeloupe sont réelles et on n'en parle sans doute pas assez. Pourquoi les élèves guadeloupéens seraient-ils condamnés à réussir moins bien que les autres ? Le potentiel des élèves Guadeloupéens est le même que ceux des élèves des académies de l'Hexagone. Les chiffres ne sont pas surprenants, ils sont le résultat d'une forte mobilisation qui a porté ses fruits.

Vous soutenez à plusieurs reprises que les académies métropolitaines « pourraient tirer des enseignements ». Lesquels ?
Je pense que le pilotage pédagogique et administratif resserré qui a été mis en place, basé sur la responsabilité et la confiance, du recteur aux chefs d'établissements, des inspecteurs aux enseignants, et à travers de nombreuses instances de pilotage innovantes, explicitées et partagées, que je développe d'ailleurs dans ce livre, peut faire école. Dès 1964, les Outre-mer se sont singularisés en expérimentant dans les collèges, puis en la généralisant, le port d'une tenue uniforme, qui doit être compris, non pas comme un embrigadement, mais comme un geste volontaire d'appartenance à une collectivité. Cette démarche avait pour but de créer la cohésion au sein des établissements, de lutter contre les violences scolaires et d'effacer les origines sociales. Malgré ce consensus entre élèves, familles, enseignants et administration, malgré les résultats évidents en matière de sécurisation des établissements et en matière de création d'un vivre-ensemble apaisé, aucune évaluation nationale ne s'y est intéressée.
« Le pilotage pédagogique et administratif resserré qui a été mis en place en Guadeloupe peut faire école »

Etonnant, non ?
Il a fallu que d'épineuses questions de laïcité se posent dans l'Hexagone pour que l'on mette en lumière cette façon de renforcer la laïcité et ce premier pas symbolique vers l'égalité. L'innovation administrative n'est pas en reste et a heureusement attiré l'attention au niveau national même si a contrario elle n'a pas eu assez de retombées ici.

Vous intitulez un de vos chapitres « L'inconséquence de la réforme du collège pour lutter contre le décrochage scolaire et les inégalités ». Allons ! Vous exagérez ! Je vous cite : « Par idéologie simpliste, on ferme les classes exigeantes, on supprime le latin, l'allemand, les classes bi-langues, on enlève aux enseignants la satisfaction d'avoir poussé un élève au-delà même de ses propres limites, et surtout on dénature la mission de l'École. Empêcher la réussite scolaire d'une partie des élèves est un objectif inacceptable. »
J'exagère sûrement s'il s'agit uniquement de la question des nouveaux programmes 2016, où tout n'est pas à rejeter et où certains ont pu représenter en effet une avancée réelle. C'est pourquoi au-delà des programmes, il était dangereux de situer l'enseignement du latin dans un flou qui oblige les enseignants de ces disciplines à se battre pour exister, et l'enseignement de beaucoup de disciplines optionnelles subissant le même sort. La mise en place des EPI est inégalitaire.
Quand on pense que l'un des arguments qui a été mis en avant pour supprimer les classes bilingues ou internationales était leur côté élitiste, car seraient réservées aux enfants des familles favorisées. L'exemple de la Guadeloupe dément totalement cette assertion. Dans cette académie où le pourcentage de familles défavorisées est bien plus élevé que dans l'Hexagone, le nombre de classes bi-langues représentait 30 % des élèves en collège, supérieur au plan national.
« L'égalité des chances est une réalité en ce que la Guadeloupe donne plus qu'ailleurs aux élèves la possibilité de réussir dans la voie qu'ils ont choisie »

« Renouveler les élites, les traquer dans toutes les couches sociales, faire que les meilleurs réussissent. Il s'agit bien de promouvoir l'élitisme pour tous », dites-vous encore. N'avez-vous pas peur de laisser beaucoup d'enfants au bord du chemin ?
L'égalité des chances, est selon moi une réalité en ce que la Guadeloupe donne plus qu'ailleurs aux élèves la possibilité de réussir dans la voie qu'ils ont choisi. L'ouverture d'une classe préparatoire scientifique en région pointoise, puis d'une classe préparatoire littéraire en région Basse Terre, ont donné d'excellents résultats. Le Monde, en date du 2 février 2017, a publié le témoignage d'une de ces élèves qui dit en être fière : « Il ne faut pas avoir peur de viser haut ». Lovely Otvas, originaire de Marie-Galante, issue de la classe préparatoire littéraire du lycée Gerville-Réache, fut la première à intégrer l'ENS. L'égalité des chances, c'est aussi augmenter l'ambition des familles en continuant à préparer les élèves de 3 ou 4 établissements aux concours d'entrée à Sciences Po avec le succès que l'on connaît. Garantir la continuité territoriale est une autre des conditions essentielles, car il faut accompagner les familles avec des revenus modestes ou moyens pour financer les études de leurs enfants outre-Atlantique, il faut relancer les internats d'excellence pour permettre aux élèves d'échapper aux déterminismes sociaux.

« Pour moi, l'École est une institution que les parents ont pour mission de faire respecter à leurs enfants », disait Michel Benjamin, ancien conseiller principal d'éducation antillais (en activité de 1971 à 1995), que vous citez. Ce n'est pas appliqué en Guadeloupe. Comment remettre les parents à leur place sans les brimer ?
Il ne s‘agit pas de les remettre à leur place, mais de leur donner toute leur place et rien que leur place. Il s'agit de les impliquer de manière positive au-delà de la distribution des bulletins trimestriels et des réunions parents-professeurs. Certains établissements y arrivent très bien.

Les syndicats ne vous ont pas épargné lors de votre séjour en Guadeloupe...
Ils étaient dans leur rôle et moi dans le mien. Mais il est évident que le pari de confiance que j'ai voulu établir avec eux, comme avec les autres cadres, a moins bien fonctionné. J'ai voulu travailler avec eux en partenaire éclairé. C'est-à-dire éclairé parfois mieux que le recteur sur certaines pratiques dans les établissements scolaires, et c'est normal, ils y sont en principe tous les jours, face à leurs élèves ou face  aux personnels de direction et d'inspection). D'égal à égal, mais j'ai voulu, trop vite certainement, leur faire prendre conscience de leur part de responsabilité dans les échecs comme dans les réussites de l'école.
Depuis des années, on ressort les mêmes recettes, l'école manque de moyens alors que depuis 35 ans on a injecté des moyens considérables dans l'école pour constater que l'on ne faisait que creuser le fossé entre les élèves qui réussissent et ceux qui échouent. La réussite des élèves se fonde sur une utilisation rationnelle des moyens en question et la baisse régulière des effectifs depuis plusieurs années en Guadeloupe ont entraîné, et entraîneront, car elle se poursuit, quel que soit le gouvernement en place, d'autres suppressions de postes.

Les spécificités locales sont-elles assez prises en compte ?
Les spécificités locales existent comme elles existent en Alsace, en Bretagne, en Corse ou en Provence. Elles sont simplement différentes en Guadeloupe. C'est peut-être en termes de gestion que les spécificités sont insuffisamment prises en compte. Des règles communes, par facilité, sont appliquées à toutes les académies. Mais le caractère d'archipel et la double insularité sont pris en compte et tout est mis en œuvre pour réduire au maximum les écarts inévitables. Pour une problématique qui, hier, n'était pas au centre des préoccupations, la Guadeloupe a bien avancé. Un traitement encore plus personnalisé s'impose cependant. Mais, si vous entendez par spécificité locale l'existence de la langue maternelle créole, le trilingue, que je suis, pense que loin d'être un handicap linguistique, le créole est une force, une compétence réelle.

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VOS COMMENTAIRES
  • saindou - 20.02.2017
    Le péché originel
    Non les élèves de la Guadeloupe ne sont pas condamnés à être les derniers des Mohicans de l'enseignement à cause d'un quelconque péché originel.
    Ils ne sont pas condamnables mais plutôt des victimes.
    Victimes innocentes "d'enseignants" au rabais, chasseurs de prime, chasseurs des 40% d'indemnité des fonctionnaires.
    Victimes innocentes d'adultes supplémentés aux 40% qui sèment à qui mieux mieux augmentant la misère, la consanguinité, les infirmités, sur le pauvre monde.
    Déjà survivre pour un élève guadeloupéen mobilise toute son énergie.
    Le maintien de ces 40% attire toute une faune de prédateurs endogènes et halogènes qui soit disant aime notre jeunesse, jeu apparent, mais dont le jeu réel est diamétralement opposé.
    Guadeloupe à deux vitesses où ceux qui gueulent le plus sont ceux qui ont les falles pleines, ceux et celles qui donnent le mauvais exemple, ceux qui tuent notre jeunesse par de mauvais conseils distillés à longueur de journée afin d'éliminer toute concurrence comme des mâles coqs dans une base-cour. Nous sommes malades de nous-mêmes, allergiques à nous-mêmes donc allergique à tout. Nous ne comprenons rien mais nous n'avons que le mot de "Mentiare" à la bouche, notre suffisance incommensurable est plus grosse que la terre entière, que le cologarithme de notre bêtise. Nous sommes incorrigibles avec ces 40% qui nous font faire "l'homme". Bien pauvre Guadeloupe des bienheureux de la désolation,connaissant tout,égoïstes, orgueilleux et méprisants. Mais tout a une fin.
  • martyr - 20.02.2017
    Niveau zéro
    On atteint le niveau caniveau. Ça vous a soulagé tant mieux, votre diarrhée verbale est consternante.
  • Martin B - 19.02.2017
    Il faut soigner son transit cérébral comme celui de ses entrailless
    @Moranus
    Votre saillie sent l'aigre et le constipé du neurone.
    Vous qui ne manquez jamais de tirer à boulets rouges sur tout ce qui ressemble à un enseignant venez ici, soudainement, nous en faire la défense en le prenant de haut comme le grand grec un peu ridicule que vous croyez être.
    Il faut en tout un peu de cohérence.
    Grand grec vous vous croyez mais enseignants vous détestez de votre superbe un peu racornie de pseudo "savant" qui n'eut point de professeurs.
    Sauf aujourd'hui où juste pour vous faire "briller", vous tentez de prendre, sur vos saillies habituelles, un surprenant contre-pied.
    Allez mon cher (au sens historique!), allez, cela vous soulagera la bile et le cervelet.
  • moranus - 20.02.2017
    Bacchanales sales
    Après avoir visité les culottes vous ne vous arrêtez pas en si bon chemin, vous voici maintenant dans le dur, dans les entrailles.
    Vous volez de plus en plus bas. Vous vous méprenez aussi parce que les subtilités de la langue française vous échappent, je suis aussi un professeur mais un élève comme vous ce n'est pas de la tarte.
    Vous êtes de plus en plus hors sujet, reprenez vos esprits, ne vous laissez plus incommoder par les parfums d'entrailles que vous semblez adorer.
  • martyr - 19.02.2017
    Témoignage d'un enseignant parent
    Une lecture lucide de la réalité des problèmes scolaires en Guadeloupe. Sur la fameuse réforme mon dernier fils a commencé une classe euro-caribeenne et arrive en 3eme on lui dit que cette classe va être supprimée. Tout ce que j'ai lu dans ce livre et entendu le soir du débat m.a rassuré par rapport à ce que je pensais deja surtout au sujet des fondamentaux : lire, écrire et compter, l.enseignement de l'histoire et de leur nécessaire apprentissage. Bref, je ne vais pas reprendre point par point tout ce qui a été dit, mais lisez le livre avant de parler et le débat fut un grand moment de partage.
  • moranus - 17.02.2017
    Hors sujet
    Beaucoup trop de commentaires sur ce forum ne sont que des relents d'ire, de méchancetés et de voyeurisme.
    Certains vont même jusqu'à regarder les fonds de culottes, çà vole bas.
    Ce faisant ils s'écartent outrageusement du sujet et méritent un double zéro pointé.
    Il a suffi qu'un seul énergumène con qui n'a jamais lu le livre ni aucun livre d'ailleurs écrive des âneries pour que les esprits moutonniers se glissent dans la fente pour vomir des insanités qui ne rehausse pas le niveau général de l'enseignement sur l'île.
    Quand on lit toutes vos bêtises on se dit bien qu'il a eu raison de se barrer, vous êtes d'un niveau affligeant et on comprend pourquoi la planète est persuadée que vous êtes des cancres médisants.
    La prochaine fois essayez de vous servir de ce qui vous tient lieu de cerveau.
    C'est trop facile d'accuser les professeurs, pas étonnant lorsqu'on voit ici que les délinquants accusent la presse parce qu'elle relate leurs exploits.
    Demain j'achète le livre, je vous conseille de vous le procurer aussi avant de babiller inutilement comme des personnes saoules et démentes.
  • Péquéitinidleau Karukera - 19.02.2017
    Rehaussent
    Lire rehaussent.
  • lucide971 - 20.02.2017
    Vous êtes aussi méprisant et suffisant que ce recteur, normal que vous achetiez son livre. Vous pensez être un puits de science, vous n'êtes que le reflet de votre propre vanité. Bonne lecture.
  • martyr - 17.02.2017
    Koute pou tann... il n'est plus sourd que celui qui ne veut pas entendre
    Je crois avoir compris en lisant la presse et en écoutant les interviews diverses que cet ancien recteur avait expliqué qu'il voulait faire un bilan de son action en Guadeloupe et montrer que l'école ici marche bien. Je ne lis que des commentaires où je sens aigreur et jalousie, rien de sincère. Mais vous avez l'air très au courant de petits cancans qui n'ont rien à voir. Les Guadeloupéens ne sont jamais contents! Toujours à chicaner. Et les commentaires des "blancs" ne sont pas mieux, toujours un ton supérieur ! Il est temps que la Guadeloupe soit fière d'elle et reconnaisse ceux qui travaillent avec elle ! Stop aux polémiques pour avancer.
  • Martin B - 17.02.2017
    Avoir été "aux commandes" et ensuite tirer sur le bateau
    Ce recteur n'aura pas laissé un souvenir impérissable,loin s'en faut.
    Sauf dans son entourage immédiat...
    Ceci dit, il ne manque pas de culot, sans parler de l'obligation de réserve qu'il ne respecte pas.
    Avoir été aux commandes d'une académie et lui tirer dessus à boulets rouges dès qu'on n'en a plus la gouvernance, démontre une certaine mesquinerie pour ne pas dire médiocrité.
    La question serait donc de lui demander ce qu'il a fait pour améliorer la situation de l'académie de Guadeloupe quand il le pouvait ?
    Il fait comme les "politiques" qui n'ont d'idées que lorsqu'ils sont dans l'opposition.
    Par ailleurs pour répondre à Rose, ce qu'elle prétend est l'exact contraire de la réalité.
    Les jeunes guadeloupéens sont largués à cause d'un environnement linguistique mêlant inconsidérément créole et français et parlent un salmigondis de francréole qui est un lourd handicap.
    Beaucoup sont également frappés par cette mentalité locale trop marquée par le renfermement sur soi, l'assistanat sans espoir et le manque d'enthousiasme à se prendre en main.
    Les jeunes sont le reflet de la société dans laquelle ils vivent et la notre n'est ni dynamique, ni positive, ni porteuse d'avenir.
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