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Claude Thélier : Déchets plastiques, « On pourrait électrifier un tiers de la Guadeloupe »

France-Antilles Guadeloupe 14.04.2017
Propos recueillis par Laurence BAPTISTE-SALOMON

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Claude Thélier : Déchets plastiques, « On pourrait électrifier un tiers de la Guadeloupe »
(L.B.-S.)

L'engagement de l'homme pour le monde de la mer est bien connu. Claude Thélier a été 7 fois vainqueur du TGVT, le tour de la Guadeloupe en voile traditionnelle, et deux fois au départ de la Route du rhum. En 2015, il a effectué un tour du monde au sein de l'équipage du trimaran écologique Race for Water, une expédition dont l'objectif était de constater la pollution des océans par les plastiques. Ce « 7e continent » n'est pas une fatalité.

Vous avez animé une conférence récemment sur le 7e continent, ce « continent » qui fait 6 fois la France, qui peut atteindre 30 centimètres de profondeur par endroits et est constitué de plaques de déchets plastiques...
Selon des chiffres de 2014, on estime qu'il y a 349 millions de tonnes de déchets plastiques. En 2050, ce nombre sera multiplié par quatre. En mer Méditerranée, on estimait, toujours en 2014, que pour 3 kilos de poisson, il y a 1 kilo de plastique. En 2025, pour 10 kilos de poisson, ce sera autant de plastique. Cependant, pour les océans, c'est différent, car la Méditerranée est une mer fermée.
On l'a compris, la situation est préoccupante. Il faut agir, mais comment ?
Nous avons des exemples dans le monde. San Francisco recycle 100% de ses déchets. Au Japon, ils ont beaucoup travaillé sur le sujet. Ils ont développé, à une échelle importante, l'industrialisation du recyclage des déchets. La déconstruction de 10 tonnes de téléphones portables permet d'obtenir 23 kilos d'or qui peuvent servir à refaire des téléphones.
Et plus près de nous ?
En Europe, dans l'automobile, le recyclage fonctionne, ainsi que dans d'autres filières, comme l'électroménager. Mais on ne va pas aussi loin qu'on le devrait. En Suède, les déchets servent à créer de l'énergie. Le pays va jusqu'à acheter les déchets d'autres pays. Cependant, les filières dans lesquelles la récupération des déchets fonctionne sont celles qui rapportent de l'argent avec l'acier, les métaux précieux, l'aluminium, etc.
Le déchet doit intégrer un modèle économique. Comment faire en Guadeloupe ?
Le déchet a une valeur et doit être négociable. 5 tonnes de déchets plastiques de qualité - récupérés en amont, sans être passés en décharge - permettraient d'électrifier 800 foyers par jour. Aujourd'hui, nous savons que 160 000 tonnes de déchets transitent par le port autonome. 85 000 sont propres. Avec ces emballages, on pourrait électrifier un bon tiers de la population guadeloupéenne.
Le catamaran Race for Water sera de retour en fin d'année en Guadeloupe. (D.R.)
Comment créer de l'énergie avec nos déchets ?
Beaucoup de chercheurs ont fait des découvertes intéressantes. La pyrolyse fait monter en température un matériau, de préférence le plastique, mais on peut aussi le faire avec de la biomasse ou de la sargasse. On fabrique ainsi du gaz, à partir duquel on crée de l'énergie. L'intérêt est que ça fonctionne avec des petites unités, ce qui coûte moins. En terme d'expérimentation, on peut voir les résultats très facilement. On peut créer un modèle économique dans des zones où on a du mal à accéder à l'énergie et/ou les gens ont moins de moyens.
Nos déchets peuvent donc être une ressource économique...
Si on crée de la valeur ajoutée en créant de l'énergie avec nos déchets, on peut redistribuer cet argent. Soit sur la facture énergétique du Guadeloupéen ou mieux, aux gens qui vont récupérer ces déchets et pouvoir l'ajouter sur le salaire qu'ils ont déjà. Le modèle que je présente est très simpliste, il faut le mettre en forme, en discuter. Il faut en parler avec les politiques pour arriver à ce que les réglementations actuelles soient adoucies et permettent des solutions de ce genre.
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