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En Guadeloupe aussi, le changement climatique est indéniable

France-Antilles Guadeloupe 09.06.2018
Marc ARMOR

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En Guadeloupe aussi, le changement climatique est indéniable
Didier Bernard a captivé son public. (DR)

Tous les paramètres indiquent une hausse des températures. Certaines conséquences de ce réchauffement se font déjà sentir. D'autres apparaîtront bientôt.

Le Forum citoyen sur les risques naturels a débuté, vendredi, par une première intervention bien choisie, celle de Didier Bernard. Maître de conférences à l'université, chercheur au sein du Laboratoire de recherche en géosciences et énergies (Large), Didier Bernard, spécialiste du réchauffement, a livré une conférence passionnante. Disons-le tout net, à l'issue de sa démonstration, nul ne peut nier la réalité du réchauffement, y compris à l'échelle de la région Caraïbe ou de la seule Guadeloupe. Les études l'indiquent clairement : « Sur les 30 dernières années, les températures nocturnes et les températures maximales ont augmenté, alors que l'amplitude journalière - la différence entre la température la plus basse et la température la plus haute dans une même journée - a diminué. » Ces observations sont confirmées par l'analyse, effectuée sur les données Météo France des 35 dernières années, de la température atmosphérique. « Que ce soit à 850 m, 1500 et 3200 m, la température a augmenté significativement, aussi bien en saison sèche qu'en saison des pluies. Toute l'atmosphère se réchauffe. » Curieusement, les précipitations restent d'une extrême variabilité. L'étude des données sur 100 ans laisse augurer un certain assèchement, mais aucune tendance significative ne se dégage sur les 50 dernières années.
UNE SAISON CYCLONIQUE RESSERRÉE ?
La conséquence du réchauffement la plus visible en Guadeloupe, c'est la montée de l'océan. « L'élévation du niveau de la mer atteint désormais 3 mm par an, contre 1,7 mm précédemment. » Les effets sur la côte se mesurent aux effondrements.
D'autres conséquences sont moins immédiatement perceptibles. Les chercheurs s'intéressent, notamment, à une évolution éventuelle de la saison cyclonique. En collaboration avec le BRGM, Météo France et l'université de Montpellier, le Large planche sur une modélisation numérique à partir des données récoltées au cours des dernières décennies. « La question est encore en suspens. Mais les premiers résultats indiquent qu'on pourrait assister à un raccourcissement de la saison cyclonique, resserrée sur deux ou trois semaines. On assisterait probablement à une intensification des phénomènes et à un déplacement des trajectoires cycloniques vers le nord, entraînant une augmentation du nombre de phénomènes sur le nord de l'Atlantique. »
À noter enfin qu'une tendance du même type se dessine pour la mer. « La hauteur moyenne des vagues va diminuer de 5 à 10 cm. Mais les mers extrêmes seront plus fréquentes pendant la saison des pluies, d'août à octobre. »
Encore une journée de débats
Destiné à « apporter une information fiable et pertinente sur les risques naturels, afin d'inciter le public à adopter des comportements citoyens pour anticiper et bien réagir face à des situations critiques » , le Forum Kanoukafé, organisé par la Région, s'est ouvert vendredi. Il se poursuit ce samedi au Vélodrome, jusqu'à 17 heures. Parmi les thèmes qui seront évoqués, la mobilisation des secours après une catastrophe, la prise en charge médicale d'urgence, la prise en compte des risques dans la construction et l'importance du respect des normes (à travers l'exemple des bâtiments ayant le mieux résisté à Irma).
Une facture de 10 bons millions pour la Région
La dernière estimation des ravages liés au passage d'Irma est de 3, 5 milliards d'euros. Maria a coûté moins cher. Mais ses dégâts ne sont pas pour autant anecdotiques. Pour la collectivité régionale, par exemple, la facture s'élève à plus de 10 millions d'euros et elle n'est pas définitive. La Région, entre autres, a déboursé des aides d'urgence pour l'agriculture (4 millions), la pêche (1 million), les communes (3 millions), les entreprises (500 000 euros), et les routes (900 000 euros). Les dégâts sur les sentiers et sites sont estimés à 3 millions, ceux sur l'eau et l'assainissement à 1 million.
Sylvie Gustave dit Duflo, présidente de la commission environnement à la Région.
La prévention passe par le savoir. La recherche et l'innovation doivent nous apporter ce savoir, afin que nous puissions prendre les bonnes décisions.
De l'influence de la salinité
Parmi les paramètres étudiés, l'un est plutôt inattendu. Il s'agit de la salinité de l'océan et, plus spécifiquement, de l'impact qu'ont, sur cette salinité, les variations de débit de deux fleuves gigantesques de l'Amérique, l'Amazone et l'Orénoque. Moins une eau est salée, plus elle se réchauffe vite. Lorsque les deux fleuves atteignent leur plus haut débit - en mai/juin - une énorme masse d'eau moins salée et plus chaude se constitue donc et entame un voyage qui la conduit jusque vers notre région. Elle met trois mois à gagner notre secteur, ce qui correspond à septembre, période à laquelle les cyclones majeurs sont les plus fréquents. Ce phénomène pourrait donc être un facteur de développement des cyclones. Des chercheurs planchent sur le sujet.
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VOS COMMENTAIRES
  • réflexion - 12.06.2018
    Attention, avec le réchauffement climatique il faut protéger nos anciens. Il y en a une du côté de Basse-Terre qui devrait être mise à l'ombre ......
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