ACTUALITé - ENVIRONNEMENT

LES ABYMES - Halte à la destruction des mornes!

France-Antilles Guadeloupe 04.10.2018
Stéphanie TOLLET

2RÉAGIR

Halte à la destruction des mornes!
À Bouliqui, « Le couloir de la désolation » , tel que l'a surnommé Joséphine Ladine, est caractérisé par une succession de carrières creusées en profondeur qui fragilisent le terrain et détruisent un relief vieux de 400 000 ans. (Stéphanie Tollet)

Il suffit de se promener dans les Grands-Fonds pour découvrir beaucoup de mornes coupés, sans qu'aucune règle ne soit respectée. Un saccage qui fragilise les sols et peut mettre en danger la population.

À Bouliqui, les carrières succèdent aux carrières. C'est « Le couloir de la désolation » , selon Joséphine Ladine de l'association J'ose la nature, qui a récemment organisé une sortie découverte des zones humides de la commune. Dans cette région des Grands-Fonds, les mornes ont été rabotés, donnant ainsi naissance à des falaises artificielles, qui représentent un véritable danger en cas de séisme. Mais surtout, les habitants ont détruit, de façon inexorable, un relief qui avait mis 400 000 ans à se construire. « Il est primordial qu'une conscience collective émerge pour stopper la destruction systématique de l'identité écologique des Grands-Fonds » , martèle Joséphine Ladine à une assemblée sonnée par cette évidence. « Les responsabilités sont politiques » , a ajouté Victor Sainsilly-Cayol, en charge du « Plan paysage » des Grands-Fonds, à Cap Excellence. Pourtant, seul un mouvement citoyen fort pourra faire cesser ces aberrations. « Une législation existe, les élus peuvent s'appuyer sur cet outil pour élaborer un plan paysager qui prenne en compte les besoins et l'existant, et qui réponde vraiment à la question « Ki jan nou pé konstwi pou nou mèt nou a lèz san abimé Nati-la ? » » , a-t-il poursuivi.
Le matin, rendez-vous avait été pris sur le parking du Creps, avec l'association, pour découvrir ou approfondir ses connaissances sur les zones humides des Abymes. Jean-Marie Flower, écologue, est le guide du jour. Le premier arrêt a lieu à la Maròz. Les participants se trouvent face à une étendue d'eau d'une centaine de mètres carrés. À elle seule, elle est un raccourci de l'histoire écologique de la Grande-Terre. Elle se situe en zone herbacée, au milieu d'espèces comme le gomyérouj ou le pwaryépéyi qui forment une forêt pionnière, cette dernière créant les conditions nécessaires à l'installation d'autres arbres (figyégranfèy, gayak, akoma, chatengngranfèy, des essences datant de 200 à 300 ans qui apprécient l'ombre).
Joséphine Ladine, présidente de J'ose la Nature (à g.), effectue les repérages et les rencontres avec les propriétaires et le voisinage des sites visités, pour permettre une connaissance plus empirique du lieu, et faire découvrir au public les croyances et légendes qui y sont associées. (Stéphanie Tollet)
VÉRITABLE MASSACRE DES GRANDS-FONDS
L'écologue met en garde l'assemblée : « Nous ne pouvons nier que nos besoins ont changé à travers le temps, mais les choix que nous faisons en termes d'aménagement du territoire nous engagent. Il ne faut jamais oublier que les paysages qui sont devant nos yeux sont des vestiges vieux d'environ 1 000 ans. Même si toute mare a une durée de vie, puisqu'elle est amenée à se combler avec le phénomène de ravinement, elle abrite, sur une distance très restreinte, une grande variation d'humidité et de lumière, favorisant une belle richesse de la faune et de la flore » .
« D'une manière générale, rappelle Victor Sainsilly-Cayol, crêtes et fonds permettent l'écoulement des eaux pluviales et empêchent les inondations. »
Le deuxième arrêt se fait devant la mare Brévin. Jean-Marie Flower explique alors comment les mares communiquent entre elles grâce à des « corridors écologiques ? » qui permettent aux êtres vivants se trouvant à proximité de continuer à bénéficier des services écologiques décrits plus haut. Puis, dans les hauteurs de Chazeau, une courte halte est décidée à la digue Fidelin. Digues et mares sont deux notions différentes mais toujours proches. Contrairement au barrage qui est aménagé par l'homme, la digue est naturelle et forme les bords supérieurs de « l'entonnoir » qui va conduire les eaux de pluie dans les fonds. La Maajo, au coeur de la section Fonds-Bambou, est le point final de cette promenade. Une mare qui abrite une faune particulièrement riche : poule d'eau, kyo, aigrette... C'est l'occasion pour le Dr Léonide Célini, entomologiste et caution scientifique de l'association J'ose La Nature, de présenter les habitants caractéristiques de ces espaces : gyrins, sangsues, « patineuses » , etc. L'objectif de l'association était d'informer sur les zones humides, mais aussi et surtout d'alerter sur le scandale des carrières, véritable massacre des Grands-Fonds.
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VOS COMMENTAIRES
  • réflexion - 09.10.2018
    réalité
    Comme je le disais avec mon commentaire sur les quads et autres moto cross l'écologie et le développement durable ne sont pas des préoccupations de notre population. L'essentiel est le moment présent et tant pis si les générations futures pleurent un jour devant la désolation que nous sommes en train de façonner.
  • raslebol - 09.10.2018
    Oui, que font nos elus pour reglementer l'exploitation de ces mornes. Aucun elu ne se promene dans ces lieux pour taper du point sur la table. On attend comme l'eau que l'on arrive dans une situation de non retour. Que laissons nous a la generation future, que de la desolation. Peuple de Gwada arretez de detruire votre beau pays, arretez d'etre individualiste. Nous ne sommes que des passagers sur la terre, alors respectons la , car nous emporterons pas nos maisons ou jardins dans nos tombes, mais ces mornes demeuront alors qu'on ne sera que poussiere. Je partage ce cri d'alarme a 200% et je suis aneanti a 200% quand je vois tous ces mornes reduits en poussiere.
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