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L'autonomie énergétique : objectif ou utopie ?

France-Antilles Guadeloupe 08.08.2017
M.A.

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L'autonomie énergétique : objectif ou utopie ?
Avec l'arrivée des unités de valorisation du biogaz, la part des ENR dans le mix énergétique va augmenter.

L'objectif fixé à la Guadeloupe est d'atteindre l'autonomie énergétique dans 13 ans. Elle ne peut y parvenir que par un développement massif des énergies renouvelables (ENR) qui ne représentent, aujourd'hui, que 18% de la production.

La dernière programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) fixe des objectifs ambitieux pour l'archipel : 50% d'ENR dès 2020, en vue d'atteindre l'autonomie énergétique en 2030. À l'heure actuelle, les énergies nouvelles représentent 17, 6% de la production globale d'électricité. C'est dire si l'on est loin du compte.
La région table donc sur un développement majeur des ENR, notamment solaire, éolien et biogaz (lire ci-dessous). Il est vrai que des projets fleurissent, parmi lesquels deux unités de valorisation du biogaz - une à la Gabarre, une à l'Espérance, opérationnelles avant la fin de l'année - et une centrale photovoltaïque flottante dans le Nord Grande-Terre. Ces trois seules unités permettront d'augmenter de 15% la part de production des ENR, actuellement de l'ordre de 315000 MWh, pour la porter à quelque 360000 MWh. C'est déjà un bon pas en avant.
DEUX REMISES EN CAUSE
D'autres projets de développement du solaire et de l'éolien sont annoncés, d'autant plus crédibles que le stockage des énergies ainsi produites a fait de gros progrès et s'avère beaucoup moins cher qu'il ne l'était auparavant. Le coût reste néanmoins très important (lire ci-contre).
La PPE est donc ambitieuse, peut-être trop. Alors qu'elle a été dévoilée voici seulement quelques mois, deux péripéties, au moins, remettent déjà ses objectifs en cause.
La première, c'est l'annonce par le Syvade de l'abandon du projet de plateforme multifilières de la Gabarre. La PPE tablait sur l'usine d'incinération des ordures ménagères prévue dans ce cadre pour produire de l'électricité.
La seconde, beaucoup plus gênante, tient à une tendance de fond, l'augmentation, à laquelle on assiste depuis 3 ans, de notre consommation d'énergie : + 3,1% en 2016, dont + 2% de consommation d'électricité.
C'est un problème à un double titre. En premier lieu, la PPE se base sur une diminution de 1% de la consommation d'énergie entre 2014 et 2018. On n'en prend pas du tout le chemin, ce qui fausse tous les calculs. En second lieu, cette hausse de la consommation entraîne mécaniquement une légère baisse de la part relative des énergies renouvelables dans le mix énergétique. Cette part est tombée à 17,6% en 2016 (17,8% en 2015), alors pourtant que la production d'électricité via les ENR a augmenté (+ 0,5%).
40 000 MWh grâce au biogaz
Deux unités de valorisation du biogaz sont en cours d'achèvement et devraient livrer leur production sur le réseau d'ici la fin de l'année. L'une est implantée sur la décharge de la Gabarre, l'autre sur celle de l'Espérance (Sainte-Rose).
Le biogaz, issu de la fermentation des déchets, est capté dans les alvéoles étanches grâce à un important réseau de canalisations. Il est acheminé vers un collecteur principal, qui le transporte vers l'installation de combustion, des groupes électrogènes fonctionnant au gaz.
La production de ces unités ne sera pas anecdotique. Elles devraient fournir quelque 40000 MWh par an, ce qui correspond à la consommation de 9000 habitants.
7 300 MWh par an à Gachet
La Société FPV La Broue a répondu à un appel d'offres de la Commission de régulation de l'énergie pour l'installation d'une centrale photovoltaïque flottante sur le plan d'eau de Gachet. L'infrastructure photovoltaïque prévue comporte quatre îlots d'une superficie totale de 4 ha, constitués de panneaux, disposés en quatre modules. Ils seraient placés dans la partie sud-ouest du plan d'eau, ancrés sur les berges ou au fond, reliés à un local technique où seraient stockées les batteries. La production d'énergie attendue serait de 7300 MWh par an. Ce projet suscite une forte opposition d'associations de protection de l'environnement.
Bonjour la facture
Les ENR coûtent cher : ainsi, un mégawatt revient à 5 millions d'euros s'il provient du photovoltaïque avec stockage ou de l'éolien avec stockage, et à 5, 5 millions d'euros s'il provient de la géothermie. Au vu des objectifs de développement des ENR électriques de la PPE aux échéances 2018 et 2023, le montant de l'investissement serait donc de l'ordre de 474 millions d'euros à l'échéance 2018, auxquels s'ajoutent 584 millions sur la période 2018 à 2023, pour un investissement total, d'ici à 2023, de l'ordre de 1 058 millions d'euros.
D'autres projets
Solaire
Les installations photovoltaïques (PV) avec stockage de grande taille devraient permettre de produire 15 mégawatts crête (MWc) supplémentaires. D'ici 2018, la PPE de Guadeloupe retient le développement de 10 MWc supplémentaires de PV en autoconsommation sans stockage, destiné prioritairement à couvrir les besoins journaliers du secteur tertiaire, en s'appuyant sur des technologies éprouvées à coûts maîtrisés.
Éolien
La PPE retient la possibilité d'installer, d'ici 2018, 44 MW supplémentaires de projets éoliens terrestres avec stockage. Un projet en Nord Basse-Terre est bien engagé aujourd'hui.
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VOS COMMENTAIRES
  • Martin B - 11.08.2017
    Du baratin
    Inutile de se voiler la face,nous savons tous que tous nos gestes sont liés à une consommation exponentielle de ressources fossiles et principalement du pétrole.
    Le nucléaire français qui fait la fierté de nos menteurs de dirigeants, fera sans doute aussi notre tombeau ou notre ruine quand il faudra aborder de face l'arrêt ou le remplacement de nos si belles mais si vieilles et polluantes centrales.
    Critiquer les USA parce qu'ils continuent à utiliser les énormes gisements de charbons qu'ils possèdent ne vient que des pays qui n'en ont plus.
    En géopolitique énergétique, ne rêvons pas, c'est chacun pour soi.
    Regardez la carte du ciel et le nombre d'avions qui le sillonnent (dans lesquels nous montons tous !) et cela suffit à comprendre, si l'on y ajoute les milliards d'automobiles, de bateaux ... que nous avons accepté de nous lier au pétrole jusqu'à la mort.
    Certes, quelques technologies de pointes permettront sans doute de rallonger notre espérance de survie mais inutile de se raconter des salades.
    Alors pour des îles très riches et fortement consommatrices comme la notre est-il bien utile de mentir aussi odieusement pour un miroir aux alouettes qui n'a aucune chance de se réaliser un jour ?
  • lenaif1 - 11.08.2017
    MEGA RATE
    l'actuel pdt de region a dit que cette affaire ne concernait pas la région qui préfère financer d'autres "projets"
  • rose - 11.08.2017
    Oui c'est possible , car la Guadeloupe est la vitrine de la France en énergie renouvelable, l'Europe veille aux grains car la France est un mauvais éleve , et c'est la Guadeloupe qui donnera cette belle image à la France .
  • Azouren - 08.08.2017
    Mission impossible
    "L'objectif fixé à la Guadeloupe est d'atteindre l'autonomie énergétique dans 13 ans." : mission impossible et intellectuellement malhonnête pour nos Compatriotes.
  • siam - 08.08.2017
    A moins que l'on se relaie le jour dans les bureaux et la nuit chez soi pour pédaler et faire tourner les dynamos afin d'alimenter les climatiseurs
  • Azouren - 09.08.2017
    Même en pédalant beaucoup, cela ne fonctionnera pas.
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