ACTUALITé - ENVIRONNEMENT

Les projets structurants à l'épreuve de l'écologie

France-Antilles Guadeloupe 08.10.2018
Amandine ASCENSIO

0RÉAGIR

Les projets structurants à l'épreuve de l'écologie
L'impact écologique des travaux du Memorial ACTe a été largement critiqué (Roberto Birhus)

Les grands projets de développement mettent en avant la cohérence économique et la manne financière qu'ils représentent, promettant un futur radieux, souvent au détriment de la préoccupation environnementale. C'est encore le cas, sauf que désormais, intégrer une réflexion écologique est obligatoire. On vous explique comment ça (devrait) marche(r).

À l'heure où l'on nous alerte chaque jour sur la voie d'extinction dans laquelle se sont engagées l'humanité et la biodiversité, les territoires continuent d'axer leur développement économique sur les grands projets structurants, tels des ports ou aéroports, des stades vélodromes ou circuits de moto, ou des musées dont l'impact sur la biodiversité est terriblement visible : l'aspect physique du lieu est modifié, des matériaux jusqu'alors inexistants ajoutés modifiant l'écosystème. Et si, jusqu'à une date assez récente, la prise en compte de l'environnement passait au-dessus de la tête d'à peu près tout le monde, désormais, cette nécessité est légale. « Depuis 2016, la doctrine E-R-C, pour « éviter, réduire, compenser » est inscrite dans la loi de reconquête de la biodiversité » , indique Jean-François Boyer, le directeur de la Direction de l'environnement de l'aménagement et du logement (Deal). L'objectif de cette doctrine, tout« simplement » la question de la prise en compte de l'écologie dans les projets qui émaillent la vie politique. D'abord en évitant de heurter le milieu naturel, puis, dans le cas d'une impossibilité d'éviction, en réduisant les impacts et enfin, en compensant ceux qui viendront troubler la biodiversité.
Alors, pour chaque projet évoqué ou mis en oeuvre, on parle d'environnement. On monte des dossiers, des études et on travaille avec les organismes compétents. « Nous accompagnons les projets sur la réduction de leur effets sur les écosystèmes » , précise Jean-François Boyer. Les deux difficultés principales ? « 20 ans de retard en matière de conscience écologique » , murmure-t-on à la Deal. Mais aussi la très rare culture écologique des décideurs de Guadeloupe, qui pratiquent tour à tour le jemenfoutisme ou le verdissement de leur image parce que c'est dans l'air (pollué) du temps. La seconde, la méconnaissance de certains milieux, notamment sous-marins. « Compenser les effets en milieu marin est compliqué, indique Jimmy Le Bec, spécialiste de la question à la Déal. On manque de données » . Et puis, sous l'eau, les dégâts se voient moins.
UNE CAROTTE, (L'ARGENT), MAIS PAS DE BÂTON
Le constat est également dressé par le responsable d'une des activités locale les plus polluantes : « Sur les grands travaux du Port nouvelle génération (2015, NDLR), on a pris conscience de la question écologique au moment où nous en avions besoin » , indique Yves Salaün, président du directoire du Grand Port maritime de Guadeloupe, qui affirme avoir « changé de méthode en raison du coût économique des dommages écologiques » . Notamment au travers du programme Cayoli, d'une durée de 15 ans, financé sur deux ans, à hauteur de 4 millions d'euros.
« Il faut être humble devant la nature » , martèle Jean-François Boyer, appelant à faire le moins de bêtises possible. Quant aux sanctions, elles n'effraient personnes, et on préfère faire preuve de pédagogie.
CHANGER DE PARADIGME
De plus, la compensation est insuffisante au vu du coût écologique des dégâts : « Si l'on plante un arbre dont la valeur écologique ne sera assurée que dans 20 ans, les dégâts immédiats ne sont pas compensés » , affirme Jimmy Le Bec. D'où la nécessité de parfaitement connaître, le milieu. Donc de mettre de l'argent dessus et des moyens sur ces recherches.
Voire d'opérer un retournement idéologique qui placerait l'écologie au centre de l'économie, et non comme une contrainte à respecter réduisant les marges de profit.
Pourquoi la voix économique porte plus loin ?
C'est tout l'art des discours et de la contrainte du temps. D'un côté, on martèle l'intérêt économique des grands projets à effets immédiats. De l'autre, les partisans de l'environnement opposent procédures longues mais nécessaires, formulaires en tout genre et jargon scientifique, administratif ou juridique. « La transparence est indispensable, le public à le droit de savoir » , assène Gilles Leblond, président du Conseil scientifique régional du patrimoine naturel. Alors tous les documents, les avis, de toutes les instances environnementales qui délivrent des autorisations, sont mis à disposition du public. Qui doit, pour bien comprendre de quoi on lui parle, être un expert scientifique parfaitement connaisseur du code de l'environnement... et avoir beaucoup de temps devant lui.
3 QUESTIONS À YVES SALAÜN, président du directoire du GPMG : « Un intérêt économique à préserver l'environnement »
(Roberto Birhus)
Un port est une activité polluante. Quelle est votre politique en matière d'écologie ?
Lors des grands travaux, nous nous sommes intéressés à la question au moment où nous en avions besoin. Ce n'est pas la bonne méthode. Nous avons acquis la conviction que le Port a besoin de la nature pour exister. Par exemple, les herbiers tiennent les sédiments. C'est autant de dépenses de dragage en moins. Nous avons un intérêt économique à ce que ça fonctionne bien.
Qu'est ce que vous faites concrètement ?
Nous avons appelé des experts du milieu, pour des études. Nous allons signer une convention avec l'université sur le développement économique, mais nous avons déjà un partenariat avec le département de biologie marine. Nous finançons aussi des programmes de recherche car connaître le milieu est fondamental pour bien le gérer.
Sur le Port travaillent beaucoup d'entreprises : votre démarche est-elle suivie ?
Nous n'avons pas beaucoup de leviers. Notre production de données doit nous servir à argumenter sur le coût de la pollution. Nous instaurant des « contrats de clients » , avec un cahier des charges. Nous ne sommes pas la police de l'environnement, mais nous pouvons accompagner les business models.
Un exemple projet structurant : Karukera Bay
C'est le projet à 200 millions d'euros d'investissements, qui fait vibrer la région pointoise. Des paquebots, débarquant une flopée de touristes prête à dépenser sur le territoire. Dans la présentation du projet, qui doit s'étaler sur 10 ans, les mots environnements et écologie n'apparaissent pas. D'ailleurs, aucune évaluation écologique n'a été encore engagée. Mais, selon les images d'architectes, diffusées lors du lancement en 2017, le futur Port pourrait accueillir plusieurs paquebots simultanément. Et quand on sait qu'un paquebot produit autant de particules fines qu'un million de voitures... Nous n'avons pas osé faire la conversion en journées de brumes de sables, indice 10.
0
VOS COMMENTAIRES

Réagissez à cet article

Pour transmettre un commentaire, merci de vous identifier (ou de vous inscrire en 2 mn) :

CONNEXION