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Risques industriels : l'autre versant du débat

France-Antilles Guadeloupe 07.12.2017

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Risques industriels : l'autre versant du débat
Véritable poudrière, Jarry concentre la majorité des risques technologiques.

La population a-t-elle conscience des risques liés au développement de l'industrie ? L'Urapeg en doute, et organise deux jours de séminaire sur le sujet.

La Guadeloupe abrite sur son sol des établissements industriels dont certains présentent un potentiel de risques important. Les autorités en sont particulièrement conscientes : elles se sont préparées à l'éventualité d'un accident technologique majeur et réalisent régulièrement des exercices mobilisant l'ensemble des secours. Le dernier en date a eu lieu fin juillet.
Pourtant, l'Urapeg (lire ci-contre) juge opportun de proposer, ce jeudi et demain vendredi (à la salle Rémy-Nainsouta, à Pointe-à-Pitre) un séminaire de formation Santé-Environnemment et Impacts Industriels. Il s'agit non seulement de sensibiliser la population aux risques industriels et à la pollution présente dans l'air et l'eau, mais encore de réfléchir sur les politiques établies.
DONNER LES CLÉS
Les associations de l'environnement, ainsi formées sur les solutions à développer, pourront alors accompagner les entreprises dans une démarche éco-responsable. « On ne peut ignorer les risques que fait courir une activité industrielle soutenue et florissante à l'environnement, surtout quand on occupe un territoire insulaire. » Préoccupée depuis longtemps par cette problématique, l'Urapeg constate les dégâts et s'inquiète d'une certaine méconnaissance non seulement de la population, mais également des entrepreneurs, sur cette problématique. Elle est particulièrement prégnante à Jarry, véritable poudrière (lire ci-contre).
Consciente de la complexité de ces problèmes, l'Urapeg a invité des spécialistes du droit de l'environnement, ainsi que des experts de l'ARS (Agence régionale de santé), de la Deal (direction de l'environnement, de l'aménagement et du logement), et du Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement). « Par leurs interventions, leurs analyses, et leur manière d'animer le débat, ils vont donner aux invités les clés pour appréhender les impacts sur la santé causés par les risques environnementaux. »
(1) Ont notamment été invités Charlotte Lepitre, coordinatrice du réseau Santé Environnement de France nature environnement et Margarita Verboud, coordinatrice du réseau Risques et impacts industriels de FNE.
L'union régionale des associations guadeloupéennes
Créée en 1983, l'Union régionale des associations de protection de l'environnement en Guadeloupe (Urapeg) regroupe près de 30 associations de protection de la nature. Elle est agréée par le ministère de l'Environnement. L'Union milite contre les problèmes environnementaux qui frappent l'archipel. Elle se mobilise également contre les projets d'aménagements inadaptés et face aux problématiques environnementales telles que l'invasion du poisson lion mais aussi la prolifération des sargasses. France nature environnement est la Fédération française des associations de protection de la nature et de l'environnement. Elle est le porte-parole d'un mouvement de 3 500 associations, regroupées au sein de 80 organisations adhérentes, présentes sur tout le territoire français, en Métropole et Outre-Mer.
Au programme
Aujourd'hui (9 h 30), les invités et experts (1) débattront sur le sujet « La santé et l'environnement, c'est lié » . Ils s'attacheront à démontrer à quel point la dégradation de l'environnement - pollution par la chlordécone notamment - a profondément influé sur la santé des Guadeloupéens.
Demain, il s'agira de mieux cerner les risques industriels ainsi que leurs conséquences, en association avec les professionnels de la direction de l'environnement, de l'alimentation et du logement (Deal). « Grâce à ces deux jours de réflexion, nous espérons parvenir à sensibiliser les professionnels sur les risques industriels et la pollution, mais aussi à les accompagner dans les politiques mises en oeuvre pour contrer ces impacts. Il ne s'agit pas de céder au catastrophisme, mais simplement de créer des accompagnements innovants, pour parvenir à respecter les objectifs de réduction des produits polluants. »
ELLE A DIT Pauline Couvin-Asdrubal, présidente de l'Urapeg : « Jarry, un lieu de convergences »
« La zone de Jarry continue sa croissance exponentielle. À son orientation industrielle, sont venues s'ajouter une orientation commerciale et, désormais, une dimension résidentielle. La zone est devenue un lieu de convergence où circulent près de 300 000 voitures et véhicules lourds par jour, avec toute la pollution que cela implique. Ainsi, il ne reste presque rien de la mangrove et les eaux du Petit Cul-de-sac marin sont en situation de grande vulnérabilité. Il y a bien eu des tentatives afin de sensibiliser les acteurs économiques de la zone sur les risques qui pèsent sur le territoire - j'en ai d'ailleurs été à l'initiative - mais les intentions n'ont pas réussi à réellement toucher leur but. Ce séminaire entend y remédier. »
Un concentré de risques
Jarry concentre la majorité des risques technologiques, notamment à la pointe Jarry : sur un carré d'un petit kilomètre de côté, on trouve une dizaine d'établissements dangereux, dont le dépôt de la Sara, les centrales EDF et leurs dépôts d'hydrocarbure, le centre de mise en bouteilles du butane, les silos des Grands moulins des Antilles. Une vraie poudrière... Cette concentration - qui pourrait s'avérer cataclysmique en cas de réaction en chaîne - induit un avantage : la conscience des risques liés à cette zone est telle que leur maîtrise est un souci constant et partagé. L'ensemble des établissements concernés a signé une convention d'assistance mutuelle, et ceux qui sont classés Sévéso 2 ont mis en place un processus de maîtrise des risques très sophistiqué, qui comprend notamment des études de danger ainsi que des plans d'opération interne (POI) et des plans particuliers d'intervention (PPI).
Un plan particulier pour la Pointe Jarry
L'éventualité d'un accident technologique majeur à la Pointe Jarry est prise très au sérieux par les autorités. Les conséquences d'un incendie à EDF ou à la Sara ou d'une explosion dans l'un des silos (GMA, sucre...) pourraient avoir des conséquences désastreuses pour les milliers de personnes qui travaillent dans le secteur. L'ensemble de la zone fait donc l'objet d'un plan particulier d'intervention (PPI), défini par les autorités avec l'ensemble des acteurs concernés, plan qui, outre les conditions d'intervention des services de secours, prévoit les modalités d'évacuation de la zone.
On rappelle que chaque personne qui travaille dans cette zone, ou qui s'y trouverait, doit d'abord, en cas d'alerte, se confiner dans un lieu clos et brancher une radio afin de suivre les consignes émises par la préfecture. Consignes qui peuvent aller jusqu'à l'ordre d'évacuation.
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