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Sargasses : les esquisses d'un front uni caribéen

France-Antilles Guadeloupe 05.10.2018
Céline GUIRAL

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Sargasses : les esquisses d'un front uni caribéen
Les enjeux sont lourds pour les États insulaires de la Caraïbe frappés par le phénomène des sargasses jusqu'alors impossible à endiguer.

Mercredi, la 14e conférence de coopération Antilles-Guyane s'est ouverte à l'hôtel Batelière, à Schoelcher, en Martinique. Le rendez-vous, qui se tient jusqu'à vendredi, a consacré sa première journée à la problématique des algues dont les échouages massifs asphyxient les côtes caribéennes.

Un parterre de scientifiques, d'élus, d'acteurs politiques et institutionnels venus de Guyane, Barbade, Saint-Lucie ou encore de Guadeloupe. Tous étaient réunis, hier, à l'occasion d'une journée entière d'échanges à l'hôtel Batelière de Schoelcher, en Martinique, dédiée à la problématique sargasses.
Le séminaire s'est tenu dans le cadre de la 14e conférence de coopération régionale Antilles-Guyane qui accueille les délégations jusqu'à vendredi. La mobilisation des acteurs à l'occasion de ce rendez-vous suffit à illustrer l'ampleur des préoccupations régionales face aux échouages massifs des algues brunes sur les rivages caribéens. Les enjeux sont lourds pour les États insulaires de la Caraïbe frappés par un phénomène jusqu'alors impossible à endiguer.
L'idée : élaborer un « front uni » contre les sargasses, rappelait Yan Monplaisir, premier vice-président de l'Assemblée. Pour y parvenir, trois thèmes ont rythmé la journée d'hier : confrontation des connaissances scientifiques, échange sur la gouvernance et réponses à apporter.
Céline Guiral (France-Antilles Martinique)
(1) ECO3 SAR pour écologie, écotoxicologie et économie des sargasses. Le projet, débuté en juillet, devrait durer 18 mois. Une quarantaine de sites de Martinique et Guadeloupe seront prélevés.
Pascal Jean Lopez, directeur de recherches au CNRS : « Faire une cartographie des acteurs »
Pascal Jean Lopez pilote le projet de recherches Eco3 Sar (1) de valorisation des algues brunes. Ce directeur de recherches au CNRS insiste sur l'importance du volet sociétal dans la réussite de la mise sur pied de solutions de traitement. Explications.
En quoi consiste Eco3 Sar ?
Il s'agit d'un projet de recherche collaboratif et interdisciplinaire, financé par l'Ademe au niveau national ainsi que la CTM. Nous travaillons également avec l'université des Antilles et le laboratoire d'analyses départemental de la Drôme. L'entreprise Holdex Environnement, spécialisée dans la production de compost, est également associée. L'enjeu est d'apporter des réponses sur la valorisation des sargasses et sur la question du stockage.
Au vu des échanges qui se tiennent aujourd'hui, (hier NDLR), il semblerait que la valorisation ne soit pas quelque chose de si aisé...
C'est vrai, mais ça semble toutefois possible. Les process de valorisation qui vont être mis en place n'entendent pas utiliser les sargasses de façon massive mais en petite quantité. Reste que dans les procédés de production, certaines traces de métaux pourraient disparaître, être transformés voire amplifiés. Il nous faut comprendre l'évolution des polluants au cours du séchage et du stockage des amendements (issus du compostage des déchets organiques, NDLR).
A-t-on assez de recul sur la présence de polluants dans les algues pour envisager de les valoriser ?
Les sargasses font de la bio-accumulation, ce qui signifie qu'elles contiennent des substances en quantité plus importante que ce qu'on va trouver dans l'environnement. Ça a été montré avec la chlordécone, mais tous les résultats ne sont pas linéaires. Certaines données échappent à la compréhension. On sait que les sargasses sont capables d'agglomérer les métaux lourds, il faut essayer de comprendre ces processus d'accumulation et jusqu'à quel point ils sont réversibles.
Vous avez évoqué l'importance de l'acceptation sociale dans la prise en charge des sargasses...
C'est un aspect très important dans le projet, et il sera notamment étudié par une anthropologue, Florence Menez. Nous allons tenter de faire une cartographie des acteurs mais aussi d'aller rencontrer les populations pour mieux comprendre leurs représentations sociales des algues, souvent perçues uniquement comme nocives et non comme un élément à valoriser. Enfin, ce sont ces mêmes définitions des représentations sociales qui permettront de mettre sur pied des stratégies éducatives.
Propos recueillis par C.G
Pascal Jean Lopez, directeur de recherches au CNRS
Nous avons l'intention d'aller rencontrer les populations pour mieux comprendre leurs représentations sociales des algues, souvent perçues uniquement comme nocives et non comme un élément à valoriser.
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VOS COMMENTAIRES
  • siam - 05.10.2018
    Marchands de soupe?
    S'adressant à un public de l'Université du Temps Libre (retraités), le Pr JL Mansot de l'U.A déclarait ceci en Février 2016 (notez bien la date) : "dans 1 ou 2 ans voire quelques mois les sargasses auront changé de statut: de calamité elles deviendront ressources donnant lieu à l'ouverture de nouvelles filières donc de création de nouveaux emplois"...
    Sans commentaires...
    Au moins à cette conférence de la Batelière on aura fait le plein de cocktails...
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