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TSUNAMI : Mettre notre intelligence collective au service de la gestion de crise

France-Antilles Guadeloupe 14.12.2014
Céline GUIRAL

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TSUNAMI : Mettre notre intelligence collective au service de la gestion de crise

Le 25 mars, un exercice de simulation au tsunami aura lieu dans toute la Caraïbe. Baptisé Caribe Wave et porté par l'Unesco, entre autres, le rendez-vous associe les États et les îles de la région volontaires. En Guadeloupe, des citoyens engagés et proactifs entendent s'associer à l'exercice. Gaël Musquet, génie du web et hacker en résidence à Paris, sera de retour sur son île pour participer activement aux opérations. Objectif : mettre en place et tester une organisation en cas d'alerte au tsunami. La riposte sera citoyenne et numérique.

Le 25 mars, des hotspots, émetteurs mobiles et autonomes d'ondes radio seront testés.
Jarry, un jeudi. On s'était donné rendez-vous au journal. Le bronzage néon nous branchait moyen. On est donc partis prendre un café. Comme on marche, on discute. À mes côtés, Gaël Musquet. C'est qui ? Ah ah! Un gars comme tu n'en croises pas tous les jours. Ce trentenaire hyperactif est aujourd'hui chargé du porte-parolat pour OpenStreet-Map France (après en avoir été président), vice-président de Numa, carrefour parisien de l'intelligence numérique et, pour son vrai job, chargé de mission (ou « hacker en résidence » comme il aime à dire) à La Fonderie, l'agence numérique de la région Île-de-France. On vous l'a déjà dit (lire notre édition du 25 février), ce gars est bluffant. Un génie en sweet-capuche né aux Abymes. Spécialiste reconnu de l'open data, du web, de la cartographie, de l'intelligence numérique, il est aussi un citoyen engagé. Et plutôt engageant à vrai dire.
Mais revenons à nous. De passage aux Antilles, il est venu avec ses nombreuses casquettes faire avancer tout autant de projets. Le plus ambitieux d'entre eux, c'est la préparation d'une simulation d'alerte au tsunami, avec l'Unesco et des agences américaines de veille, le 25 mars 2015, dans toute la Caraïbe. Toutes les zones du monde potentiellement exposées au risque peuvent être partie prenante de cet exercice. Le volontarisme étatique joue beaucoup dans l'implication nationale. Mais ce rôle à jouer est aussi citoyen, avec des activistes comme Gaël Musquet. Le 25 mars, il sera là, sur son île. Avec ou sans regard ou attention de la part des autorités censées être compétentes au premier rang desquelles la Préfecture.
EN CAS DE CATASTROPHE, LE PRÉFET VA-T-IL TWITTER ?
« D'ailleurs, je suis venu avec une soixantaine de kilos de matériel » , poursuit-il. Du matériel ? Il sort de son sac à dos une sorte de champignon en plastique. Ah. C'est quoi ? « Il s'agit, disons, d'un hotspot, un émetteur mobile et autonome d'ondes radio. » Comprenez : le jour où un tremblement de terre suivi d'un tsunami aura mis par terre tous nos réseaux, eh bien ces petits engins nous offrirons un lien avec le monde et les autres îles de la Caraïbe. Entre Saint-François et La Désirade, par exemple. Le 25 mars, ces « champignons » seront testés par différents acteurs citoyens dont, en Guadeloupe, les membres de Gwadalug, communauté du logiciel libre.
CARTOGRAPHIER LES POINTS DE RALLIEMENT
Car la question, la vraie, celle qui doit précéder toutes les autres : comment créer l'alerte en cas de catastrophe. « Les gens disent souvent, « oui mais on écoutera la radio » , mais si c'est pendant la nuit ? Ou « on entendra la sirène d'alerte » , oui mais sera-t-elle assez forte pour vous réveiller ? » Sans compter que « dans certains cas, et nous l'avons très bien vu en Haïti lors du séisme, certains relais humains censés transmettre l'information ont trouvé eux-mêmes la mort » . Bref. Le propos n'est pas d'être catastrophiste, mais de réfléchir à l'usage intelligent des moyens innovants et technologiques à portée de la plus grande partie de la population. Suivez mon regard... Les réseaux sociaux par exemple. Le constat est éloquent. Dans les premières minutes qui suivent une catastrophe, les réseaux de solidarité s'installent sur ces plateformes. « C'est ce qui s'est passé lors du passage de Sandy, à New York. Les habitants se sont très vite donnés des informations sur les sites encore dotés d'électricité et de chauffage où se rassembler. » « Il faut donner l'information aux gens où ils se trouvent et avec les moyens dont ils disposent » , assène Gaël Musquet. « Mais les services de l'État décentralisés seront-ils prêts à twitter ? Je ne sais pas. »
Et il continue son questionnaire (on aime bien) : et sais-tu ce qu'il faut faire en cas d'alerte au tsunami ? « Oui, oui, oui, gagner un point haut. » « Et tu y vas comment ? Si tout le monde prend sa voiture, ça risque de causer quelques embouteillages » Mouais. « D'ailleurs, il faut être 30 mètres au-dessus de la mer, connais-tu précisément les points qui le sont ? » Non, pas vraiment. Du moins ne sont-ils pas clairement identifiés. C'est là qu'intervient le cartographe. Cette journée du 25 mars permettra de cartographier ces points de ralliement possibles et ignorés d'une grande partie de la population.
Mais mettons bien les choses au clair : « C'est à la Préfecture d'organiser les mesures d'alerte, de prévention, de sécurisation, je ne conteste en rien leur pleine légitimité et leurs pouvoirs régaliens » , poursuit Gaël. « En cas de catastrophe, le préfet, lui, aura l'info, pas de souci. Mais la population ? »
Aux citoyens, aussi, de jouer leur rôle. « Dans toutes les entreprises, il y a des référents formés à la sécurité incendie, pourquoi pas à l'alerte tsunami ? » L'idée est donc, une fois de plus, à travers cet exercice de simulation et de test le 25 mars, de créer ce réseau de citoyens volontaires, détenteurs de ces hotspot, émetteurs d'ondes radio à longue portée.
De la même manière, « les gens ne sont pas davantage sensibilisés à la hiérarchie des moyens de communication à utiliser en cas de catastrophe. Or, il faut utiliser ceux qui sollicitent le moins les réseaux existants pour ne pas les saturer. » Bref, sachez-le, priorité doit être faite au SMS.
Pour Gaël Musquet, toute cette solidarité numérique peut et doit être organisée, en temps de non crise (encore) déclarée.
25 mars - Caribe Wave : l'exercice grandeur nature de riposte au tsunami
Le « Caribbean tsunami warning program » organise une journée de simulation de riposte à l'alerte tsunami le 25 mars 2015. L'événement est porté au niveau supra-national par différentes entités, dont le US national tsunami Center, l'Unesco ou encore le Puerto Rico seismic network. Son objectif : évaluer les plans locaux de réponse à la survenue d'un tsunami, accroître les ripostes étatiques et améliorer la coordination et la communication à l'échelle régionale.
Chaque État, chaque île caribéenne peut se porter volontaire à la participation de cette journée. En Guadeloupe, Gaël Musquet, aux côtés de Gwadalug, prendra part à l'exercice avec des citoyens engagés et concernés.
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