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Les sauveteurs en mer de plus en plus à la manoeuvre

France-Antilles Guadeloupe 08.02.2018
V.D.

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Les sauveteurs en mer de plus en plus à la manoeuvre
Le directeur du Crossag, Alexis Morel, a rencontré ses partenaires, notamment les bénévoles de la SNSM, pour encore optimiser les secours en mer. (Dominique Chomereau-Lamotte)

Constatant une hausse marquée du nombre d'opérations de sauvetage en mer, ces deux dernières années, particulièrement dans le domaine de la plaisance, le directeur du Crossag, Alexis Morel, a rappelé quelques consignes simples de sécurité.

Imprudences ? Hausse de l'activité de plaisance ? Démocratisation de certains loisirs nautiques ? Le directeur du Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage aux Antilles-Guyane (Crossag), Alexis Morel, ne sait pas l'expliquer. Mais le fait est qu'au fil des ans, le Crossag est de plus en plus sollicité. « Avec une activité en hausse de 5% sur les 10 dernières années et autour de 15% ces deux dernières années. »
Si les opérations de secours concernant les pêcheurs, les navires de commerce et les pratiquants de loisirs nautiques (baigneurs, surfeurs, kite surfeurs, etc.) restent à peu près stables, celles au profit des plaisanciers ont connu une hausse marquée. Alexis Morel parle même « d'explosion du nombre d'interventions depuis deux ans » . Autant d'assistances à navires (panne, démâtage, etc.) que de secours aux personnes.
Alexis Morel estime que près de 60% des opérations de secours coordonnées par le Crossag concernent la plaisance, 13% les activités de pêche, 12% de commerce, 7% les loisirs nautiques. Il arrive également, mais plus rarement, qu'il porte secours à des aéronefs en perdition (4% en 2017). « Avec près de 2 200 personnes impliquées par an, le volume d'activité est important. »
IRMA ET MARIA
Et ça, c'est sans compter les risques naturels qui peuvent affecter nos régions, comme les phénomènes cycloniques. En septembre dernier, le Crossag a dû faire face à une activité exceptionnelle du fait du passage des deux ouragans majeurs Irma et Maria. « + 320% d'opérations (181), 104 déclenchements de balises de positionnement par satellite (Cospas/Sarsat) après Irma. »
La plupart de ces interventions ont été consécutives à des ruptures de mouillage, à des départs en mer le jour même, à la pratique de loisirs nautiques dans des conditions très dégradées, à des démâtages ou à des épuisements. « Il y a eu un gros travail de la chaîne de sauvetage » , insiste Alexis Morel, d'autant que les moyens de communication ont été fortement impactés (lignes téléphoniques coupées, perte des stations VHF de Saint-Martin, Martinique et Guadeloupe).
Globalement, « les opérations de sauvetage se sont bien passées, notamment grâce à l'implication de la Marine nationale à Saint-Martin et son relais radio » , mais malheureusement, deux personnes ont disparu. « Deux plaisanciers qui ont appareillé à Saint-Martin et à Saint-Barthélemy pour aller mettre leur navire à l'abri. Ils ne sont jamais rentrés au port malgré des opérations de recherches assez longues. »
À l'occasion de sa visite en Guadeloupe jeudi, sur le site des Phares et balises, à la Pointe de Fouillole à Pointe-à-Pitre, le directeur du Crossag, Alexis Morel, qui a pris ses fonctions en septembre dernier, a insisté sur l'importance de la communication et de la diffusion de messages de prévention. Il a rappelé « quelques consignes simples de sécurité » .
(1) Contact : Jean-François Robillard 06 90 35 49 96.
L'appel aux bénévoles de la SNSM
Jean-François Robillard, délégué départemental adjoint de la SNSM. (Dominique Chomereau-Lamotte)
La Société nationale de sauvetage en mer (SNSM) a trois stations en Guadeloupe : à Pointe-à-Pitre, aux Saintes et à Basse-Terre. Mais cette dernière, note Jean-François Robillard, délégué départemental adjoint de la SNSM, « est en difficulté » . Les problèmes sont financiers, mais pas seulement. Il manque des moyens humains. « Une bonne station, c'est 25 personnes. Actuellement à Basse-Terre, on a un noyau de 5 ou 6 hommes. » Aussi la SNSM lance-t-elle un appel aux bénévoles (1). « Il faut des gens qui embarquent - donc connaissent la mer, aiment sortir, ont leur permis plaisance - et d'autres qui s'occupent de la logistique (mécano, etc.) et de la partie administrative (secrétaire, trésorier, etc.). » Dans les prochaines années, la SNSM devra également trouver des financements pour renouveler ses trois vedettes, en premier lieu celle des Saintes qui a 30 ans, sachant qu'un bateau représente un investissement d'environ 600 000 euros, estime Jean-François Robillard.
CONSIGNES
VÉRIFIER SES ÉQUIPEMENTS
La première consigne rappelée par le directeur du Crossag, c'est de « s'assurer que son navire est en bon état » et que les équipements de sécurité sont bien présents, gilets et brassières notamment. « Les enfants doivent les porter, ils doivent pouvoir, le cas échéant, être autonomes dans l'eau. » En cas de détresse, il faut pouvoir alerter et donc être équipé d'une VHF (canal 16), d'éléments de signalisation lumineux (fusée parachute, flashlight, etc.) ou encore d'une balise satellitaire. Jean-François Robillard, délégué départemental adjoint à la SNSM, précise par ailleurs qu'« un gros travail est en cours avec un opérateur de téléphonie local pour augmenter la zone de portée des portables en mer » .
PRÉVENIR DE SES INTENTIONS
Pour gagner du temps en permettant aux recherches d'être orientées plus rapidement dans la bonne direction, le directeur du Crossag conseille « de signaler à ses proches ses intentions (zone de pêche, destination, etc.) » .
CONSULTER LA MÉTÉO
Après le drame qui s'est produit dimanche à Cluny/Sainte-Rose, où un jeune bodyboarder a été porté disparu en mer, le directeur du Crossag, Alexis Morel, rappelle l'importance d'être à l'écoute des bulletins météo - via les médias, mais aussi sur le canal 16 (VHF) - et de se tenir au courant des vigilances en cours. Le week-end dernier, la vigilance jaune était activée pour mer dangereuse à la côte. « Il ne faut pas se mettre en danger soi-même, ainsi que les sauveteurs. »
Les missions du Crossag
Le Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage aux Antilles-Guyane (Crossag), basé en Martinique, a été créé en 1992. Sa zone d'intervention couvre environ trois millions de km2, du nord d'Anguilla à la Guyane, en longeant les côtes caribéennes jusqu'au milieu de l'Atlantique. En plus de leurs missions de protection du milieu et des ressources maritimes, les 24 employés du Crossag veillent sur les usagers de la mer 7 jours/7 et 24 heures/24. Ils sont joignables au 196 (numéro d'urgence, appel gratuit depuis un fixe ou un portable) ou par radio VHF canal 16. « Dès lors qu'une alerte est lancée, elle est analysée afin de mettre en oeuvre les meilleurs moyens de secours. » Le Crossag n'ayant aucun moyen propre, il s'appuie sur les plaisanciers qui naviguent dans la zone - « d'où l'importance d'avoir sa VHF allumée » , insiste le directeur du Crossag Alexis Morel -, les moyens de l'État (brigades nautiques de la gendarmerie, pompiers, affaires maritimes, douanes, Marine nationale, Sécurité civile, Samur), ainsi que sur les bénévoles de la SNSM (sauveteurs en mer). Le Crossag peut également compter sur l'appui des avions et des patrouilleurs d'autres îles de la Caraïbe. Dans certains cas, le Crossag peut aussi être amené à dérouter des navires de commerce. « Lors d'opérations un peu compliquées, par exemple d'aide médicale, quand le navire est très éloigné, inaccessible par hélicoptère.
EN CHIFFRES
120
Le Crossag coordonne environ 120 opérations d'aide médicale par an pour des personnes blessées ou accidentées sur des bateaux. Il met en relation l'équipage avec un médecin et évalue le meilleur moyen d'évacuation. L'hélicoptère, s'il faut aller vite, avec une équipe du Smur si nécessaire.
1444
En 2017, 1 444 opérations ont été coordonnées par le Crossag, dont 735 de secours à la vie humaine en mer, impliquant 2225 personnes dont 43 sont décédées ou disparues.
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