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POINTE-À-PITRE - La démolition des Tours Gabarre, un vrai casse-tête

France-Antilles Guadeloupe 10.03.2018
Harry MAPOLIN

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La démolition des Tours Gabarre, un vrai casse-tête
>Lors du passage de la Ministre des Outre-mer Annick Girardin, la démolition de ces à tours avait été abordée. (H.M.)

La ministre des Outre-mer, Annick Girardin, s'était arrêtée au pied des Tours de la Gabarre lors de son passage à Pointe-à-Pitre, la semaine dernière. Le maire Jacques Bangou lui avait alors annoncé la démolition prochaine de ces bâtiments. Mais cela pourrait prendre plus de temps que prévu, prévient Thierry Romanos, nouveau président du conseil de surveillance de la Sikoa.

Les quatre tours de 19 étages, inhabités depuis plusieurs années, auraient déjà dû être démolies selon les premières prévisions, mais alors que tous leurs anciens occupants sont déjà replacés depuis longtemps, ces immeubles se dressent encore dans le paysage de Lauricisque et de la Gabarre. Leurs entrées sont barricadées, sécurisées et rendues inaccessibles aux éventuels squatters. Il y a trois ans, des prélèvements avaient été faits sur les façades extérieures en guise de test pour un désamiantage, qui devait être financé par la première tranche de financement de l'Agence nationale de la rénovation urbaine (Anru). Un appel d'offres avait été lancé et remporté par un groupement d'entreprises. Mais le lancement des travaux a traîné faute de financement. Entre-temps, les normes de traitement de l'amiante ont encore évolué pour devenir plus exigeantes. Par conséquent, les coûts du désamiantage ont considérablement augmenté. « Le coût du désamiantage a absorbé tout le financement prévu pour la démolition » , avait annoncé Jacques Bangou à Annick Girardin. L'ensemble de la démolition se chiffre aujourd'hui à 33 millions d'euros, dont près de 20 millions, pour le désamiantage. Le reste sera utilisé pour la démolition par système d'écrêtage, c'est-à-dire une démolition étage par étage, pour protéger les écoles et habitations voisines.
SANS GARANTIES, LE SIKOA NE TOUCHERA PAS AUX TOURS
Mais au moment où toutes ces précisions étaient données à la ministre des Outre-mer, le financement n'était pas encore bouclé, même si sa répartition avait déjà été définie, en décembre, par le comité d'engagement de l'Anru comme suit : un tiers venant de l'Anru, un tiers de la Caisse de garantie du logements locatif social et un tiers de la part du bailleur social Sikoa. Annick Girardin avait annoncé la venue en Guadeloupe du directeur national de l'Anru au mois d'avril, pour signer un contrat d'engagement en ce sens. Sans mettre en doute cette promesse, Thierry Romanos se montre toutefois prudent en répétant cette formule qu'il avait prononcée à la ministre : « La Sikoa ne touchera pas à une pierre de ces tours, tant qu'on n'aura pas les garanties des financements » . Sachant que Thierry Romanos vient de prendre les commandes de la Sikoa et qu'il doit s'assurer juridiquement que le marché passé, il y a quelque temps, est encore valable et que si ce n'est pas le cas il doit lancer un autre appel d'offres. À cela, il faut ajouter le temps de désamiantage de ces tours. On est donc en droit de se demander si ces tours construites il y a plus de quarante ans et qui ne sont plus aux normes parasismiques ne seront pas encore debout en 2019.
IL A DIT Thierry Romanos, président du conseil de surveillance de la Sikoa : « Créer une filière de traitement de l'amiante en Guadeloupe »
« J'ai signalé à Madame Girardin que je ne toucherai pas à une seule pierre de ces tours tant que nous n'aurons pas un déblocage des fonds de l'Anru (Agence nationale de la rénovation urbaine). Les coûts de démolition ont considérablement augmenté à cause de nouvelles normes de traitement de l'amiante. On avait proposé au maire de Pointe-à-Pitre de garder ces tours et de les réhabiliter, comme cela a été fait à Fort-de-France, mais il a refusé car dans sa politique, il prévoit des immeubles moins élevés. On a tergiversé et on est revenu à la démolition, mais entre-temps on a été surpris par l'augmentation du coût de traitement du désamiantage. En ce moment, on est dans l'imbroglio.
Est-ce que le marché qui avait été passé est encore valable ? Je prendrai les précautions juridiques nécessaires à ce sujet. D'autre part, j'ai aussi suggéré à la ministre de créer une filière de traitement des déchets d'amiante en Guadeloupe, car cela coûte très cher d'acheminer ces déchets par bateau jusqu'à une usine dans l'Hexagone. Cette filière pourrait servir pour toute la Caraïbe et créer des débouchés. »
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VOS COMMENTAIRES
  • saindou - 12.03.2018
    L'approche en coût global, la Bérésina
    La prise en compte des normes environnementales dans les marchés publics obligent le donneur d'ordres à prévoir :
    - l'achat,
    - la maintenance,
    - la durée de vie estimée,
    - la déconstruction
    des équipements dans son appel d'offres.
    Pourquoi avoir fait un marché global pour le désamiantage et la déconstruction ?
    Certaines rédactions de cahiers des charges sont vicieuses car elles visent surtout à éliminer et décourager certains candidats de postuler directement et donc à devenir ainsi sous traitants obligés de la personne titulaire du marché.
    Cette pratique est condamnée par les tribunaux car anticoncurrentielle.
    Combien va coûter cette petite affaire pour le contribuable? Bien moins que l'EPR bien entendu !
    On voit bien que dans le cas qui nous concerne le désamiantage est le noeud gordien de cette Bérésina.
  • saindou - 13.03.2018
    Bérézina
    Lire Bérézina.
  • moranus - 11.03.2018
    Mise aux normes de tous les édifices publics
    En conclusion il faudrait mettre aux nouvelles normes de désamiantage tous nos édifices publics y compris les églises, tous les CHU présents ou à venir sont impactés y compris le nouveau des Abymes pour lequel il serait judicieux de modifier les clauses techniques.
    L'entrepreneur a flairé la bonne affaire en s'adressant directement au ministre. La confiance règne avec nos donneurs d'ordre.
    Il faut donc créer en toute légalité un organisme unique dans l'île ayant en charge le désamiantage de tous nos édifices, l'intendance suivra (c'est la France qui paye).
    On a mis la charrue avant les bœufs et on arrive à des catastrophes comme celui de la Gabarre. Ce type de catastrophe devrait être enseigné à tous nos futurs acheteurs publics.
    Je connais bien ce problème, il est dû au fait qu'on met des administratifs n'ayant aucune connaissance technique manager de marchés où il faut une formation technique poussée.
    Combien d'autres catastrophes du même style, avons nous en bas feuille. L'incompétence a un prix.
  • Azouren - 11.03.2018
    "L'incompétence a un prix." ; c'est tellement vrai et encore plus chez nous.
  • saindou - 11.03.2018
    errata : comme celle de la gabarre
    lire :
    - comme celle de la gabarre.
    Il est dramatique de lire que le désamiantage a mangé la déconstruction.
    La règle des marchés publics est qu'un entrepreneur doit s'en tenir aux stipulations du cahier des clauses techniques.
    Le trésorier payeur n'a pas le droit de payer des prestations non figurantes au contrat, sauf avenant dûment justifié.
    Mon commentaire est assez technique mais je préfère détailler pour une bonne compréhension de nos lecteurs
    (je suis lu par Siam qui veut me faire yam yam).
    Juridiquement cette affaire est mal engagée, le bébé se présente par le siège.
  • saindou - 10.03.2018
    Un avenant au marché?
    La définition des clauses techniques ayant évolué dans une trop grande amplitude c'est toute l'économie du marché qui est modifiée, en principe ce n'est pas un avenant qu'il faut mais un nouveau marché avec un nouvel appel de candidatures et donc un nouvel appel d'offres.
    Reste à évaluer les prestations déjà réalisées, les pénalités de part et d'autre, les factures déjà mandatées. Là on entre dans le dur juridique.
    Plus on tarde à réaliser cette démolition plus les normes évoluent. Il serait donc normal de prévoir en cas de rédaction d'un nouveau marché de prévoir un intervalle de fluctuation des normes.
    Mais on voit bien que cette affaire est plantée d'avance car on aurait dû faire deux marchés séparés un pour le désamiantage et un autre pour la démolition.
    Il y a eu une erreur d'appréciation de la ville de Pointe-à-Pitre responsable du marché. Je le répète encore une fois : qui trop embrasse mal étreint.
    Pour l'instant les carottes sont cuites et ça sent le roussi, le montant de l'avenant est trop élevé, il faut résilier le marché pour en faire deux autres. La ville a été très mal conseillée dans ce projet.
    C'est encore une fois Gribouille qui se jette à l'eau de peur d'être noyé!
  • siam - 10.03.2018
    Faut pas se voiler la face..
    Si l'on fait une expertise sérieuse...C'est très probablement les 4/5èmes (au bas mot) de cette ville qu'il faudrait raser et reconstruire...En 2100 la rénovation urbaine ne sera pas terminée..Exemple: Mortenol ou encore la cité des Lauriers mériteraient d'être rasées tout comme les tours de Lauricisque.
  • moranus - 12.03.2018
    le jambon est pourri jusqu'à l'os
    L'heure est à la gravitude, je viens de compulser un article de FA en date du 13-01-2017, il y a de quoi paniquer : 70 pour cent des maisons de la Guadeloupe renferment de l'amiante, l'amiante se retrouvant aussi dans les colles de carrelage, dans les enduits Technicoat, dans les revêtements des sols. L'article est édifiant, nous sommes tous foutus, tous cuits. Pas seulement les édifices publics mais aussi nos cases, nos ajoupas et nos cabanes.
    Le ver est dans le fruit, nous sommes damnés, c'est irréversible et insupportable, génétiquement nous sommes modifiés. Les tours de la Gabarre agissent comme un révélateur de nos incompétences criminelles. Nous sommes tous concernés.
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