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Des dégâts également psychologiques

France-Antilles Guadeloupe 11.09.2017

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Des dégâts également psychologiques
Samedi matin, des habitants de l'île sont allés glaner ce qui pouvait encore l'être. (Boris Colombet)

Angoisses, cauchemars, parfois sidération et prostration : le passage de l'ouragan Irma sur les îles de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy risque d'avoir occasionné « des dégâts psychologiques importants » , déclare Michèle Vitry, une psychologue clinicienne, spécialiste des traumatismes.

Quel peut être l'impact psychologique sur la population de cet ouragan particulièrement dévastateur ?
« Il faut s'attendre à des dégâts psychologiques importants. Selon des témoignages, un certain nombre de personnes ont été plongées sur le moment dans un vécu de mort imminente. Elles ont cru leur dernière heure arrivée. Pour ces personnes, on peut parler de choc traumatique. Celui-ci peut engendrer des effets dissociatifs - les personnes se sentent bizarres, coupées d'elles-mêmes et du monde extérieur. Elles peuvent rester prostrées.
Ce choc traumatique peut être à l'origine ensuite d'un syndrome psychotraumatique avec une sorte d'effondrement de la personnalité, un repli sur soi.
Tout le monde n'a pas ce vécu de choc traumatique. Mais il va y avoir un certain nombre de personnes touchées.
Ce risque de syndrome psycho-traumatique est aggravé lorsque les personnes ont, de plus, tout perdu, leur maison, leurs affaires, leur travail.
À côté de cela, il y a des personnes très troublées, très perturbées mais qui n'ont pas ce vécu de mort imminente, de choc traumatique et qui sont plutôt dans des problématiques de pertes matérielles, d'angoisse liée à leurs conditions de vie. Ces personnes-là sont moins effondrées. Elles vont chercher de la nourriture, de l'eau, elles vont s'aider entre elles.
Elles n'ont pas forcément besoin d'un psychologue ; c'est plus du domaine de la survie matérielle, d'arriver à vivre dans des conditions extrêmement difficiles.
À cela s'ajoutent les pillages, qui créent un sentiment d'insécurité, une perte de confiance dans les autres. Cela provoque aussi de l'angoisse. »
Comment un enfant vit-il le passage d'un ouragan ?
« La manière dont il le vit dépend en grande partie des adultes qui l'entourent, mais aussi de son âge.
Si les adultes arrivent à contenir leur propre panique et à être sécurisants, protecteurs, réconfortants, l'enfant vivra beaucoup mieux le passage du cyclone.
Plus il est petit, plus cet environnement protecteur peut être efficace.
Car plus l'enfant grandit, plus il a sa propre autonomie de vécu physique. Un enfant proche de l'adolescence, malgré la protection des adultes, sera moins dupe de la gravité de l'événement et il peut vivre lui-même un choc traumatique. Lorsqu'un enfant a subi ce genre de choc, le recours au dessin est très utilisé car à partir de là, la parole devient plus facile. Il y a la possibilité aussi de recourir à des petits jeux. »
Les ouragans Irma et José sont désormais loin de Saint-Martin et Saint-Barthélemy. Que faire pour les personnes affectées psychologiquement ?
« On entre dans une période extrêmement importante, qui est celle du début de la possibilité d'écoute. Dans un premier temps, il faut faire un tri car on ne peut pas prendre tout le monde.
Il y a des gens agités qu'on peut avoir tendance à prendre en charge d'abord alors que ce sont les gens prostrés, sidérés, qui sont en danger psychique. C'est extrêmement important d'aller vers eux, d'essayer de les aider à sortir de leur sidération et de leur prostration en les aidant à mettre des mots sur ce qu'ils ont vécu.
Ce tri va permettre de repérer les gens qui ne vont pas récupérer tout de suite et dont l'état psychique nécessite un suivi, afin de pouvoir leur proposer des rendez-vous un peu réguliers. Le principal symptôme à rechercher, c'est cet aspect coupé de soi-même, sidéré, paniqué, avec des crises d'angoisse. Les cauchemars, les troubles du sommeil graves, sont un autre signe d'une nécessité de consulter. »
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VOS COMMENTAIRES
  • lenaif1 - 12.09.2017
    friendly island
    st martin a accueilli toute la misère des caraibes beaucoup sans en voir les moyens et créer un esprit et certains se sont vus plus beau , plus forts
  • exgwada - 11.09.2017
    Traumatisme
    Pour avoir suivi des réfugier de guerre lors de mon travail de collaborateur social de la Croix-Rouge fribourgeoise en Suisse dans un centre de premier accueil pour les réfugiés. Je confirme que les syndromes psychotraumatiques seront très présents chez les sinistrés non seulement de ces deux îles de St Martin et de St Barth, mais de toutes les terres que le cyclone Irma a touchées de plein fouet.
    La reconstruction sera longue et pénible. Cauchemar et réveil en hurlant de peur. Les deux cas les plus durs que j'ai connus est d'un garçon de 10 ans qui a caché a vu des hommes tuer ses parents et d'une jeune fille de 12 ans qui a vu sa soeur se faire égorger sous ses yeux. Le traumatisme subit Irma est le même genre de traumatisme. Seul du personnel qualifier pour aider se genre de traumatisme peu les aider. Nous nous avions une psychologue spécialisée dans les traumatismes de guerre, c'est elle qui c'est occupé de ces enfants.
    La seule chose que le lambda peut faire c'est seulement écouter, écouter et écouter et surtout de ne pas s'improviser pshycologue.
    Damien Muller
  • tigri - 12.09.2017
    Donc on peut comparer des atrocités de guerre avec un ouragan???
    Depuis quand les ouragans égorgent des citoyens ?
  • rose - 11.09.2017
    Les écoles ? les profs? on en fait quoi?
  • moranus - 12.09.2017
    Sous les manguiers
    On ne peut même pas faire l'école comme à Dakar, sous les manguiers. Plus un arbre debout.
    L'école reprendra après la Toussaint, le ministre de l'éducation aura-t-il la bonne idée d'ôter les choses inutiles des programmes?
  • Martin B - 11.09.2017
    Une souffrance difficile à quantifier mais certainement immense.
    C'est sans doute là la retombée la plus tragique mais la moins facilement quantifiable du passage de ce monstre destructeur.
    De moins en moins en prise avec les réalités de la nature qui ne fait pas souvent de cadeaux, nous sommes tous de plus en plus démunis face à des événements comme celui-ci.
    Cela peut expliquer les explosions de colère de certaines personnes sur place, qui ont perdu tous leurs repères et sans doute tout espoir.
    Depuis des décennies, nous sommes de plus en plus sujet à penser à tort que l’État doit et peut nous protéger de tout.
    C'est une vue de l'esprit assez naïve mais très répandue.
    Mais si l'on peut comprendre les débordements des gens directement victimes de cette tragédie, on doit se dire que tous ceux qui à Paris ou en Guadeloupe, utilisent cet événement dans des buts politiques sont des individus méprisables qui se paient "sur la souffrance des autres".
    Ce qu'on entend venant de la droite, son extrême et de l'extrême gauche est odieux et indigne de soi-disant "hommes politiques".
    Malheureusement le verni de civilisation qui tente de souder nos sociétés ne résiste jamais bien longtemps face à certaines tragédies.
    Le loup qui sommeil derrière l'homme "civilisé" ne met jamais longtemps à ressortir.
    St Martin va connaître des moments extrêmement difficiles dont l'issue n'est pas évidente.
    Mais elle n'a pas besoin que certains viennent jeter de l'huile sur le feu de sa misère.
  • rose - 11.09.2017
    avec toute cette racaille après Irma , on devrait prendre des leçons concernant l'immigration en Guadeloupe qui contribue à la délinquance
  • lucide971 - 11.09.2017
    Nous comprenons tous le choc énorme qu'a subi la population. Espérons que le travail actuel et le temps permettront de passer doucement à autre chose. Mais on voit bien que Hugo ici a laissé des traces, on ne se remet pas facilement de ce genre de catastrophe.
    Raison de plus pour éviter de tomber, comme l'ont fait certains si rapidement, dans un anti-communautarisme primaire et dans un racisme ordinaire. Les catastrophes naturelles frappent tout le monde quelle que soit la couleur de la peau !
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