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Entre brumes et sargasses, il devient dur de respirer

France-Antilles Guadeloupe 08.06.2018
M.A.

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Entre brumes et sargasses, il devient dur de respirer
Le niveau d'aler te rouge est maintenu ce vendredi. Les personnes sensibles doivent rester particulièrement vigilantes et éviter les efforts physiques intenses.

Un épisode de brumes de sable affecte actuellement l'archipel. Il est compliqué par les émanations d'hydrogène sulfuré liées à la décomposition des sargasses.

Les brumes de sable, on connaît bien. D'avril à août, la Guadeloupe y est régulièrement soumise, et leurs passages affectent particulièrement les personnes victimes de troubles respiratoires. Le premier épisode significatif de l'année 2018 est en cours et Gwadair, l'organisme agréé de la surveillance de l'air, a édité un bulletin « d'alerte rouge » pour pollution en particules fines.
Un tel épisode n'est pas une première et l'on sait comment le gérer (lire ci-dessous). Mais il se complique fortement pour les personnes sensibles qui sont exposées aux émanations de sulfure d'hydrogène. L'ampleur de l'invasion des sargasses est en effet inédite et les dégagements d'hydrogène sulfuré - et, dans une moindre mesure, d'ammoniac - qui en découlent sont majeurs. La conjonction de ces deux phénomènes est, à notre connaissance, une première en Guadeloupe, et l'on n'a aucun recul sur ses conséquences éventuelles sur les appareils respiratoires. Du recul, on en manque vraiment. Parce qu'on n'en a pas, non plus, sur les effets de l'exposition à long terme au sulfure d'hydrogène. Et qui dit exposition à long terme dit aussi long délai pour avoir des études circonstanciées.
L'ARS EN LIEN AVEC SANTÉ PUBLIQUE
L'ARS, en lien avec la Santé publique France, a mis en place une surveillance spécifique des effets sanitaires auprès d'un réseau de médecins sentinelles localisés dans les communes directement impactées par les échouages ainsi qu'auprès des services d'urgences de l'archipel. « À ce jour, aucun signe de gravité n'a été recensé » , indiquait l'Agence voici quelques jours. Dans ce contexte, les mesures de prévention à court terme restent essentielles. Elles sont connues pour les brumes de sable. Pour les sargasses, le Haut conseil de santé publique (HCSP) a indiqué que « les personnes vulnérables ou sensibles, doivent lorsqu'elles sont fortement incommodées, s'éloigner des zones impactées momentanément, le temps du ramassage ou du retour d'un air plus respirable » .
HUMEUR - Salut les cobayes!
Le cobaye, vous connaissez. Ce petit rongeur a surtout été élevé comme animal de laboratoire. C'est pour ça que le mot cobaye, désigne, par extension, un sujet d'expérience pour la recherche médicale ou une expérience quelconque.
Hé bien, il m'est venu à l'esprit que nous étions tous, en Guadeloupe, des cobayes. Parce que nous sommes actuellement confrontés et exposés à deux phénomènes inédits, l'exposition à long terme au sulfure d'hydrogène d'une part, à la conjonction de l'hydrogène sulfuré et des brumes de sable de l'autre. Vous me direz, on commence à avoir l'habitude de ce statut. Nous sommes déjà, depuis près de 20 ans, les sujets de l'expérience, ô combien inédite, de l'exposition à long terme d'une population entière à une pollution majeure et pérenne, celle du chlordécone. Et, cerise sur le gâteau, nous avons droit également à une autre première, le dysfonctionnement majeur de notre centre hospitalier le plus performant.
Nous devrions avoir droit à la Médaille du Dévouement. Sauf que nous ne sommes pas volontaires. Les rats de laboratoire ne le sont pas non plus et nul ne les décore. Mais les recherches via les rats servent à quelque chose. Espérons qu'au minimum, les expériences menées sur notre santé feront l'objet de véritables études : les cohortes ne manqueront pas...
Marc ARMOR
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VOS COMMENTAIRES
  • capes - 10.06.2018
    lol
    Il faudrait mouiller le sable du Sahara avec l'eau de la Guadeloupe pour pas qu'il s'envole!!!
  • diver - 08.06.2018
    Facile de se plaindre, mais la faute à qui?
    Le chlordécone: achat de tout le stock et utilisé par les antillais eux-même.
    Interdiction de pulvériser par avion, mais on pleur et on obtient une dérogation.
    L'hôpital qui le laisse à l'abandon à coup de grève et se permet de fumer dans des locaux interdit et dangereux?
    La sargasse, il est vrai n'est pas de notre faute, mais en Bretagne ils ont les algues vertes et le problème dure depuis des décennies et toujours pas réglé.
    Alors les cobayes, peut-être, mais nettoyons à notre porte au lieu de toujours pleurer et dire que c'est l'état qui est en cause. Que font nos élus de Gwada à part en profiter?
  • Guy F - 08.06.2018
    Et ce n'est pas tout!
    Félicitations Marc pour ces rappels terrifiants (l'adjectif n'est pas trop fort!)... mais ce n'est pas tout car il faut rajouter les gaz d'échappement d'une circulation devenue impossible (et dire que certains élus envisagent encore plus de touristes! des irresponsables incompétents)... mais ce n'est pas tout, la zone de Jarry avec la centrale EDF, les ciments Antillais et moulins GMA qui envoient en permanence tous les jours, des tonnes de poussières... mais ce n'est pas tout... sur le Moule, les 150 000 à 180 000 tonnes de charbon brûlés tous les ans, à votre avis, cela parfume l'air que nous respirons? Et pour rappel, ces masses de charbon circulent en semi remorques sur nos routes (la nuit) de Jarry au Moule. Un sacré rallye pour un max de CO² dégagé!Pitié pour nos poumons!
  • réflexion - 08.06.2018
    @M. Marc Armor , je cite "le dysfonctionnement de notre centre hospitalier le plus performant" ! Je pense que vous plaisantez, non ? Le CHU performant ? Vous rigolez ou alors vous ne l'avez jamais fréquenté ! Je ne sais pas si vous êtes journaliste mais si vous l'êtes enquêtez donc sur ce qui s'y passe quotidiennement et pourquoi dans l'enquête de notre journal plus de 2/3 des guadeloupéens ne veulent pas s'y faire soigner.
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