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« Le Mémorial ACTe nous rappelle nos devoirs essentiels à la cause du monde »

France-Antilles Guadeloupe 11.05.2015

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« Le Mémorial ACTe nous rappelle nos devoirs essentiels à la cause du monde »
(Dominique Chomereau-LAMOTTE)

Le Mémorial ACTe a vocation, « en évoquant le passé, de prévenir les fléaux qui menacent » et notamment « le poison du racisme » a déclaré François Hollande dans son discours. Sur la question des réparations, le chef de l'État a expliqué que « La seule dette qui doit être réglée, c'est de faire avancer l'humanité. C'est ce que ce Mémorial (ACTe) nous rappelle » , empruntant à Aimé Césaire la formule sur « la nature irréparable du crime » . Extraits de son intervention.

LE 10 MAI
« Jacques Chirac décida en 2006 de faire du 10 mai la commémoration des crimes de l'esclavage et de la traite. C'était très important que nous puissions entrer là le 10 mai 2015 pour l'inauguration de ce Mémorial ACTe. »
LES RÉPARATIONS
« Mesdames et messieurs, je sais le débat sur les réparations. Il n'est pas épuisé. J'ai repris à mon compte, il y a déjà longtemps les mots d'Aimé Césaire quant à la nature irréparable du crime. Cependant, en lui donnant un nom et un statut par la loi de 2001, le Parlement français a accompli un acte de vérité, de courage et de justice. Première des réparations. En inscrivant dans les programmes scolaires à tous les niveaux d'enseignement, conformément à cette loi, réparation est faite de l'oubli et de l'occultation. Il reste à exploiter l'incommensurable legs de toutes les générations qui a permis que notre patrimoine, le patrimoine commun, le patrimoine de l'humanité puisse être élargi. Et le Mémorial ACTe lui donnera toute sa valeur. »
LE MÉMORIAL ACTE
« Vous avez voulu, monsieur le président, un lieu exceptionnel.
Il l'est. Vous avez voulu une architecture magnifique. Elle l'est. Vous avez voulu que ce soit les travailleurs de la Guadeloupe qui, avec sans doute ceux des Antilles, construisent ce bâtiment et puissent être comme une proclamation, comme une fierté. C'est le cas. »
SUR L'ÉGALITÉ RÉELLE
« Je sais qu'après l'abolition de l'esclavage, le 27 avril 1848, les habitants des outre-mers qui purent accéder au suffrage universel durent néanmoins patienter encore un siècle avant d'accéder à la pleine citoyenneté. Ce fut l'objet de la loi de départementalisation de 19 mars 1946 dont le rapporteur était Aimé Césaire. [...]
Il fallut encore attendre des décennies pour que l'égalité sociale puisse enfin être reconnue. C'était sous le gouvernement de Lionel Jospin. Enfin les mêmes salaires que l'Hexagone, les mêmes prestations sociales, les mêmes droits. [...] Aujourd'hui, c'est l'égalité réelle que nous devons accomplir. Ce n'est pas simplement pour revenir sur le passé. Non, c'est pour préparer l'avenir. C'est l'intérêt, non pas seulement des outre-mer, c'est l'intérêt de la France toute entière. »
LE RACISME
« ll y a d'autres dangers, il y a d'autres menaces. Il y a le racisme qui quand il ne tue pas peut blesser. Aucune société n'est immunisé contre ce poison mortel. C'est la raison pour laquelle la France a fait de la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et les discriminations une grande cause nationale. [...]
Nous n'avons pas terminé la bataille pour l'émancipation, pour la liberté, pour le progrès. Nous n'aurons jamais terminé. Nous avons ici la seule dette qui doit être réglée. C'est de pouvoir faire avancer l'humanité. C'est ce que ce mémorial nous rappelle. [...]
Merci à ce Mémorial de nous rappeler non pas nos droits mais nos devoirs essen-
L'ESCLAVAGE AUJOURD'HUI
« Nous pensions en avoir fini et il y a des endroits où la couleur de peau peut déterminer un statut, peut condamner à l'humiliation, à la servitude. Et cela ne touche pas que les pays pauvres. C'est vrai, hélas, dans trop d'endroits du monde. »
Une dette morale envers Haïti
S'adressant directement à Michel Martelly, président d'Haïti, ancienne colonie qui a payé son indépendance 90 millions de francs-or, M. Hollande a surpris l'auditoire avec une formule prêtant à confusion : « Quand je viendrai à Haïti, j'acquitterai à mon tour la dette que nous avons » . Son entourage a dû préciser qu'il s'agissait uniquement d'une « dette morale » et non pas financière comme certains l'avaient compris. Les réseaux sociaux se sont d'ailleurs enflammés sur ce qui aurait été une annonce fracassante.
M. Hollande sera en Haïti mardi, dernière étape après Cuba lundi, d'une vaste tournée dans la Caraïbe qui avait débuté vendredi par toutes les îles françaises des Antilles.
Un crime contre les humanités sous la Convention
Hier, avant l'inauguration du mémorial ACTe, l'historien Frédéric Régent a rappelé la première abolition de l'esclavage en France, le 5 février 1794, mentionnant que la Convention avait décrété l'esclavage crime contre les humanités. Et soulignant que des propriétaires d'esclaves avaient été déchus de leur citoyenneté française. Parce qu'ils refusaient de libérer leurs esclaves, devenus pendant la Révolution, le Directoire, le Consulat, jusqu'en 1802, citoyens français.
Victorin Lurel attend que l'État accorde une aide au fonctionnement
Depuis la création du Mémorial ACTe, une question se pose, outre l'aide à la construction, prise en charge par le ministère de la Culture, celle du fonctionnement du Mémorial ACTe. Comme l'a dit Victorin Lurel, et il l'a répété dans son discours, hier : « Sé tan nou tout' » Si c'est à nous, ce n'est pas à eux, et il entend bien conserver ici la maîtrise de la structure. Qui n'est pas un musée. Qui n'est donc pas un musée national, avec des règles spécifiques et une tutelle.
Ici, pour ce qui est du fonctionnement, Victorin Lurel a lancé un appel : « Le MACTe sera un haut lieu d'expressions artistiques et culturelles ouvert aux cris et aux chants du monde contemporain, poreux à tous les vents de la liberté et de la dignité, tout autant qu'un espace dédié à l'enseignement et à la recherche, en lien permanent avec les universités. Compte tenu de sa stature et du fait qu'il doit être traité à l'égal des Musées de France, nous avons besoin d'une aide au fonctionnement qui ne doit pas être comptée au trébuchet. » Pas simple, sans doute, si l'on en croit la suite : « Nous en avons parlé, reparlé, déparlé avec Fleur Pellerin, notre ministre de la Culture... »
A.-J.V.
À l'issue de la visite du MACTe, le président de la République a invités les chefs d'État et de gouvernement à le rejoindre sur le Morne mémoire pour une photo de famille. (Dominique Chomereau-LAMOTTE)
(Dominique Chomereau-LAMOTTE)
« Une porte sur une nouvelle fraternité »
Les présidents des Conseils de la culture, de l'éducation et de l'environnement de Guadeloupe, Guyane, La Réunion, Martinique et Mayotte, réunis à paris, ont réagi à l'inauguration du Mémorial ACTe.
« Cette initiative, prise par le député et président du conseil régional de Guadeloupe, Victorin Lurel, en partenariat avec des acteurs associatifs et des historiens, constitue un acte majeur pour la valorisation de l'identité historique et culturelle de l'archipel guadeloupéen. Mais également pour tous nos pays qui partagent une importante page de l'histoire coloniale française et européenne. Les présidents des CCEE de Guadeloupe, Guyane, la Réunion, Martinique et Mayotte saluent la haute ambition internationale de ce projet qui ouvre assurément une porte sur une nouvelle fraternité. Ce Centre caribéen d'expressions et de mémoire de la traite et de l'esclavage portera témoignage de notre émergence au monde moderne par la médiation d'une infrastructure matérielle de grande facture. Il mettra à la disposition d'un large public des informations et des savoirs par le biais d'une diversité de supports de diffusion. Il convient aussi de saluer sa vocation scientifique axée autour, notamment, de la recherche sur la traite occidentale et le commerce triangulaire, la traite orientale, la traite intra-africaine, ainsi que de leurs abolitions. » .
L'ÉDITO - Hollande, le « réparateur »
Que ce soit en Martinique ou bien en Guadeloupe, où deux grands rendez-vous internationaux l'attendaient, l'un sur le climat, l'autre sur la mémoire de l'esclavage, François Hollande a poursuivi ce week-end sa tournée entamée le 8 mai dans les Iles du Nord, sur le ton de la concorde. Sourd aux critiques qui ont commencé à bruisser sur son absence des commémorations de Moscou marquant la fin de la Seconde Guerre mondiale. Sourd, surtout, à la controverse, née du coût - pharaonique ?
- (83 millions d'euros) de ce Mémorial ACTe, le plus grand centre du monde consacré à la mémoire de la traite négrière et de l'esclavage, et implanté dans le quartier populaire de Carénage, sur le site qui abrita plus d'un siècle durant, l'usine sucrière Darboussier. Symbole. Un monument « à la hauteur du crime commis » , balaiera son premier défenseur, Victorin Lurel, et qui « permettra à la Guadeloupe et, au-delà, à la Caraïbe toute entière, de dire au monde que ce combat pour la dignité humaine n'est pas achevé » renchérira François Hollande. En ciblant les « nouveaux négriers » des temps modernes. Clairement, le président de la République avait besoin de venir se ressourcer auprès du peuple de « ses » outre-mers. Besoin sans doute aussi de corriger cette image de président en goguette qui lui colle encore à la peau. Même si on doit reconnaître qu'il multiplie les déplacements sur le terrain à la rencontre de la France qui souffre. Attendu par les élus guadeloupéens sur l'éternel dossier de « l'égalité réelle » , François Hollande s'est très vite posé en porteur de bonnes nouvelles. Quitte à donner l'impression d'endosser, parfois, les habits du candidat à sa propre succession en 2017. Dans notre département en retard de développement, il semble facile de promettre. Alors François Hollande ne s'en est pas privé. Sur l'égalité réelle économique proprement dite, le chef de l'État a insisté sur le devoir de la République vis-à-vis de ces outre-mers qui, eux, ont des droits en la matière. Une loi relative à l'égalité réelle, attendue depuis 70 ans, devra donc en poser les principes. Charge à Victorin Lurel de plancher sur les contours de ce texte de loi. Et dans sa hotte de père Noël, le président de la République, visiblement déterminé à remonter, lors de cette première visite d'État aux Antilles, des abysses de l'impopularité qu'il connaît dans l'Hexagone, ajoutait, conciliant, comme il l'avait fait quelques heures plus tôt en Martinique, l'implantation d'un cyclotron en Guadeloupe. Les deux îles soeurs, toujours promptes à se chamailler, à se jalouser, plutôt qu'à unir leur destin commun, ne trouveront, pour une fois, rien à redire. Dimanche, même tonalité : en conférant une dimension particulièrement actuelle à son discours mémoriel et inaugural du Mémorial ACTe, le président Hollande restait sur le terrain de la politique, pointant les « autres dangers, les autres menaces » , puis ce « racisme qui blesse quand il ne tue pas » , en s'inquiétant, sans le dire, de la montée des extrémismes.
Alors oui, la visite de François Hollande en Guadeloupe peut être « réparatrice » . Parce que les mots prononcés tout au long de ce week-end de repentance, vis-à-vis de ces outre-mers, où il dit se sentir chez lui, visaient « l'appaisement » à propos « d'une mémoire douloureuse » pour les descendants d'esclaves. Pour le reste, malheureusement, le mémorial aussi beau et couteux soit-il ne règlera pas tout. Pas plus que la promesse d'égalité réelle et républicaine faite au tout politique et économique antillais, tellement, de ce bord-ci de l'Atlantique, miné par le chômage et l'insécurité galopants, le chemin est sinueux et la pente est raide...
Par Patrick PLANCHENAULT
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VOS COMMENTAIRES
  • elsa - 17.05.2015
    MEMORIAL Acte bientot en faillite
    Lurel s'aperçoit maintenant que la région n'aura pas les moyens financier pour entretenir son ouvrage MEMORIAL Acte, alors il demande de l'argent, des budgets au gouvernement pour maintenir et entretenir son bâtiment... C'est tout simplement honteux quant on connait les priorités que l'on a en Guadeloupe et il y en a un bon nombre de priorités avant son bâtiment de ferraille...
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