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Sylvie Adélaïde « Que chacun puisse faire sa part, dans un esprit de bienveillance »

France-Antilles Guadeloupe 09.01.2018
Propos recueillis par Franck BRELAND

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Sylvie Adélaïde « Que chacun puisse faire sa part, dans un esprit de bienveillance »
Sylvie Adélaïde, co-présidente de l'association PLi Bèl Lari, élue association de l'année 2017 par les internautes de France Antilles

Pli Bèl Lari est une association, née il y a trois ans avec le lancement d'une action citoyenne par des habitants d'un quartier ancien de Pointe-à-Pitre qui ont décidé un jour d'embellir les façades de leurs maisons. L'association est co-présidée par Sylvie Adélaide, en charge de l'organisationnel, et Martine Hugonin, de l'opérationnel.

Pli Bèl Lari a été élue, association de l'année par les internautes de France-Antilles, que pensent ses membres de cette distinction ?
Le fait d'avoir été désigné ''association de l'année'' par les internautes de France Antilles, c'est pour nous la reconnaissance du travail accompli. Nous en sommes très heureux et très fières. Cela nous encourage a continuer et nous remercions chaleureusement tous ceux qui ont voté pour nous.
Comment est venue cette folle idée de créer Pli Bèl Lari ?
Nous n'étions pas contents de la situation dans le quartier et des choses que l'on vivait au quotidien. Nous nous sommes donc réunis pour savoir ce que nous pouvions faire. L'idée a germé à partir des très longues discussions que nous avons pu avoir. Un jour, l'un d'entre nous a dit « Et si nous peignions nos maisons ? » . L'aventure a commencé comme ça. Nous avons peint une maison, puis deux, trois. Au fil du temps, nous avons eu des renforts : d'abord des gens du quartier, ensuite, des personnes de l'extérieur. Nous avons pu avoir des partenaires qui nous ont fourni le matériel. De fil en aiguille, nous en sommes à notre quatrième année.
Comment s'est décidé le choix du nom Pli Bèl Lari ?
Nous avons réfléchi et c'est venu comme ça. Le nom a claqué et on s'est dit c'est ça, c'est le bon.
Au tout début, quel a été l'accueil des habitants du quartier ?
Les gens étaient méfiants car ils ne comprenaient pas que l'on puisse venir leur proposer de donner un coup de jeune à leur maison, sans qu'ils aient à donner de l'argent. Ils étaient très étonnés et très méfiants. Ensuite, quand ils ont compris l'esprit de notre démarche et que nous faisions cela pour notre quartier, que l'on voulait retrouver un esprit et une bonne ambiance dans le quartier, ils nous ont fait confiance. Maintenant, ils viennent vers nous.
Pli Bèl Lari conduit une action citoyenne que certains peuvent estimer relever du politique : avez-vous pu établir un lien avec la municipalité ?
Oui, certains le disent mais je réponds que chacun doit faire sa part. La municipalité est au courant de ce que nous faisons et nous soutient. Monsieur le maire vient régulièrement nous rendre des visites que nous apprécions. Mais nous n'attendons ni après la municipalité, ni personne pour faire. Même si nous ne sommes pas contre les partenariats et les aides qu'on peut nous apporter et qu'on accepte volontiers. Nous, on avance.
Récemment Pli Bèl Lari a été distinguée par la société Cofrigo par la « Canette coup de coeur » . C'est une reconnaissance du travail de l'association ?
Cette distinction est très importante car nous avons eu une reconnaissance publique. Grâce ce coup de coeur, nous avons bénéficié d'une bonne campagne de communication. Cela nous a permis d'être beaucoup plus visibles et surtout ça a boosté les équipes. Ce coup de coeur s'accompagne aussi d'un prix financier que nous attendons et qui nous permettra d'accélérer et de mener nos actions avec plus d'efficacité.
Après les façades, vous avez décidé de créer des jardins partagés. Pourquoi ?
En fait, le projet s'est créé au fur et à mesure. L'idée était de retrouver la vie de quartier. La vie d'un quartier, ça ne consiste pas uniquement à embellir les façades, ce n'est pas suffisant. Il s'agissait de donner du sens et surtout de poser la question de ce qu'on pouvait faire de toutes ces parcelles abandonnées qui servaient de décharges. Nous avons commencé à nettoyer et la première idée était de faire un jardin.
Il y aussi des installations d'artistes qui utilisent certaines d'entre elles. Il y a toute une animation autour, nous faisons des projections de cinéma en plein air, des expositions. C'est en lien avec l'association Odyssée qui porte le projet.
Tout ça coulait de source. Il y a eu une construction d'un projet avec des outils qui étaient déjà là. À travers le jardin partagé, il y a aussi le savoir-faire. On apprend la nature des plantes, comment elles poussent et de quelle façon les soigner. On y apprend également ce qu'il faut utiliser en terme de rimed razyé, le recettes de nos grands-mères auxquelles nous n'avions plus accès ou que nous avions oublié car nous sommes tous très pris dans une vie très active et tournée vers la consommation facile.
Pli Bèl Lari essaie de renouer avec certaines traditions comme celle des lanternes ...
Dans l'association, nous avons des personnes qui portent l'histoire et le patrimoine de notre territoire . Ces personnes sont aussi là aussi pour transmettre. Elles prennent plaisir à le faire et on apprend plein de choses. On essaie de remettre en place des choses car le quartier a souffert pendant longtemps d'une mauvaise image. Il était relié à des faits divers plutôt violents. Alors qu'au départ, ce n'était pas ça. Ce quartier, j'y suis née. C'était le bon voisinage, les portes ouvertes et une ambiance très agréable. C'était un quartier où il y avait beaucoup d'artistes et de personnes de qualité qui y vivaient. Toute cette histoire était en train de partir en lambeaux. C'est bien d'avoir ce retour à toutes ces connaissances. On retourne à toutes ces valeurs qui font qu'aujourd'hui nous sommes ancrés.
À PROPOS DE L'ANNÉE PASSÉE ET DE LA NOUVELLE
Quel est le meilleur souvenir de l'année 2017 ?
Évidemment, c'est la réception du prix de Cofrigo et surtout tous les messages des auditeurs de RCI qui ont voté pour nous. On ne s'était pas rendu compte de l'impact que cette opération avait. Nous avons appris comment elle était appréciée par le public et ça c'est extraordinaire! Le tournage pour l'émission Échappées belles qui sera diffusée sur TV5 le 20 janvier l'a été aussi.
Quel est le pire souvenir de l'année 2017 ?
C'est le décès d'un de nos membres. Jacqueline Baltyde, la veuve de Jacques Nestor, nous a quittés en fin d'année.
Elle nous donnait l'exemple de la joie de vivre. Jacqueline était dans l'esprit de Pli Bèl Lari. Elle était là tout le temps. Elle va beaucoup nous manquer.
Quels sont les projets de Pli Bèl Lari pour 2018 ?
Nous continuons la mise en couleur des façades, les jardins partagés avec un deuxième qui est prévu. Nous avons le projet d'un circuit artistique tourné vers le street art, qui serait également un circuit touristique. Nous allons mettre en place aussi une cabane à lecture où on mettra à disposition des enfants des livres gratuitement.
Quels sont les voeux de Pli Bèl Lari pour la Guadeloupe ?
Ça serait que chacun puisse faire sa part, du simple citoyen au plus haut politique, en ayant un esprit de bienveillance par rapport à ces concitoyens.
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VOS COMMENTAIRES
  • rose - 10.01.2018
    Bonjour Madame Sylvie Adélaïde,
    Faites un copié collé et montrez ce vidéo au Maire de Pointe-à-Pitre . C'est un exemple qui peut être valable pour PÀP . C'est une route piétonne à Denver à la 16ème rue. Regardez comment c'est propre, agréable et conviviable. En plus remarquez bien que des navettes gratuites ont été mises à la disposition des citadins .

    VIDÉO:

    https://youtu.be/RHv5_7weK-g
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