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JUDO - Loïc Korval, pourquoi il raccroche

France-Antilles Guadeloupe 09.08.2017
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Loïc Korval, pourquoi il raccroche
Désormais, Loïc Korval nourrit un vaste projet : « J'essaierai de passer dans toutes les régions, dans le plus de clubs possible, pour échanger et pratiquer le judo avec tous ceux qui m'ont supporté pendant ces années. » (PJB DALLEAU FFJUDO)

Le judoka a choisi d'arrêter la compétition après de nombreux désaccords avec la Fédération française. Cependant, le double champion d'Europe ne quitte pas le monde du judo et prépare un livre sur sa carrière.

La nouvelle a fait l'effet d'une bombe. Mi-juillet, Loïc Korval, qu'on pensait reparti sur une nouvelle dynamique, a choisi de mettre un terme à sa carrière de compétiteur. Vice-champion de France il y a à peine neuf mois, le judoka a exprimé dans une vidéo, sur sa page Facebook, une certaine lassitude : « Je n'ai plus la motivation, cette rage qui m'anime, ce désir de victoire. » Actuellement en stage en Israël, il a accepté de parler de cette décision un peu soudaine, mais à laquelle il pensait depuis quelque temps. « C'est évident que je suis en fin de carrière et que je ne me voyais pas continuer après 2020. Quoi qu'il arrive, ça aurait été ma dernière olympiade, pour contrebalancer la précédente qui a été un calvaire. » Le judoka n'avait pas pu participer aux Jeux de Rio suite à des manquements aux contrôles antidopage. Alors, il a préféré « prendre saison par saison, rester dans le plaisir, et arrêter à partir du moment où il y a de trop grosses complications. »
« PLUS ENVIE DE BATAILLER INUTILEMENT »
Ainsi, Korval confirme que cette retraite de la compétition n'est pas liée au physique mais « aux conditions et au mental » . « Je n'ai plus envie de batailler inutilement. J'ai 29 ans, j'ai déjà assez prouvé. La Fédé ne se remet jamais en question, et durant toute ma carrière, on a eu ce genre de problème. Chaque fois, j'ai prouvé que j'avais raison, que c'était moi qui avais dans le sens du haut niveau, et pas eux. En leur prouvant par A+B que leur façon de fonctionner avait été ridicule, ils ont fini par évoluer. C'est toujours un combat. Avant, j'avais la motivation pour le faire, mais maintenant je n'ai plus envie. »
Loïc est d'autant plus amer qu'il avait choisi de changer de catégorie il y a un an pour passer en -73 kg, après de nombreuses saisons en -66kg.
« Ça m'a particulièrement vexé. On m'a pris pour un enfant. J'ai le troisième meilleur palmarès de l'équipe de France, à un moment, ça va. Je sais de quoi je suis capable. [...] Après les championnats d'Europe, j'ai vraiment constaté la différence de niveau entre la France et le mouvement international. Je leur ai dit de manière spécifique : « Ça fait deux ans que je suis en ligne droite, émotionnellement je suis fatigué par mes combats sur et en dehors des tapis. » J'ai pris un mois de repos pour refaire une coupure avec le judo, et j'étais prêt à repartir en stage cet été à fond, pour combler ce retard français. Eux n'ont pas du tout joué le jeu. Ils m'ont proposé de m'envoyer sur un stage national junior! Ça a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. »
UN JUBILÉ SUR LES ROUTES DE FRANCE
Une rancoeur de plus pour le judoka après sa disqualification des Jeux l'an dernier, où il juge que « médiatiquement, ils ne m'ont aidé nulle part. Ils ont prétendu me soutenir dans un travail de l'ombre, ce que personne ne peut voir. C'est pas comme ça qu'une Fédé soutient un athlète, c'est au contraire en se mettant en avant, en le protégeant. Ce qu'ils n'ont pas du tout fait, tout a été à ma propre charge. » Maintenant que sa carrière est terminée, le Guadeloupéen doit faire la transition vers un nouveau rythme de vie. « C'est étrange, ça fait un peu peur quelque part, parce que c'est un style de vie que j'ai depuis plus de dix ans et qui évolue maintenant. Mais ça fait du bien, je n'ai plus aucune pression, aucune obligation de localisation, qui était un de mes principaux problèmes. » Son prochain projet ? « Un jubilé sur les routes, d'abord de France, de fin septembre jusqu'à décembre. J'essaierai de passer dans toutes les régions, dans le plus de clubs possible, pour échanger et pratiquer le judo avec tous ceux qui m'ont supporté pendant ces années. »
Il compte ensuite faire la même chose, mais à l'échelle internationale. « Ce qui a été le plus important pour moi pendant toute ma carrière, c'est l'échange avec les autres. Comment des personnes qui ne parlent pas la même langue, n'ont pas le même style de vie, n'ont rien en commun, se retrouvent à être amies parce qu'elles pratiquent la même discipline, qui est pourtant un sport de combat où il n'y a qu'un seul vainqueur. L'esprit judo est assez extraordinaire. »
Habitué à se rendre en Guadeloupe plusieurs fois par an, peut-être viendra-t-il prochainement sur l'île partager son expérience.
BIO EXPRESS Loïc Korval
Judok, catégorie -73 kg, ancien - 66 kg.
29 ans - 1,73 m.
Palmarès : Champion d'Europe 2014 - vice-champion en 2015.
Double champion de France 1re division en individuel 2011 et 2013, vice-champion de France 2015.
Champion d'Europe par équipes 2015, vice-champion en 2010, 3e en 2014.
Médaille de Bronze aux Championnats du Monde 2010.
Un livre en cours d'écriture
Autant que son savoir sur les tatamis, Korval veut transmettre la philosophie de sa discipline. Et pour ça, il a commencé l'écriture d'un livre, dont la publication est prévue pour février prochain, où il racontera en détail sa carrière, ses performances et ses valeurs. « Ça parlera de mon enfance, le succès très tôt, les blessures, les problèmes avec la police (jugé pour une course-poursuite en 2013, NDLR), le retour en fanfare... Je n'oublie absolument rien. Je travaille dessus depuis un an, et la sanction reçue aux Jeux. J'avais besoin d'expulser un peu tout ça, dire ma vérité. Au début, ce n'était pas pour que ce soit publié, mais pour exorciser. » À terme, avec une équipe de collaborateurs autour de lui, il voudrait pouvoir l'adapter en film documentaire.
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