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POINTE-À-PITRE - Des retrouvailles chaleureuses pour les anciens des Lauriers

France-Antilles Guadeloupe 08.08.2018
Nicolas LANCASTRE

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Des retrouvailles chaleureuses pour les anciens des Lauriers
Les anciens des Lauriers se sont retrouvés après s'être perdus de vue pendant des dizaines d'années. (N.L.)

50 ans de mémoires et d'images ont, samedi, scellé la rencontre des amis des Lauriers, au restaurant La Taverne, du Mémorial ACTe.

L'association Les amis des Lauriers a contacté les anciens résidents des quatre immeubles des Lauriers. Ceux qui y ont habité ces cinquante dernières années.
Venus des quatre coins de l'île et de l'Hexagone, les amis d'enfance de ce quartier mythique de Pointe-à-Pitre en pleine rénovation se sont rappelés à leurs bons souvenirs, à La Taverne, lieu de leur rencontre. Lors de ces retrouvailles, l'émotion a été forte pour ces anciens adolescents qui s'étaient perdus de vue depuis plusieurs dizaines d'années.
Tous gardent en mémoire les célèbres matchs de football qui étaient joués au coeur de la cité.
L'initiative de réunir tout ce beau monde a été largement saluée par les participants. Beaucoup ont redécouvert sur un écran les photos de leur adolescence. La cité des Lauriers a vu grandir une pléiade de sportifs, d'artistes et de journalistes. On peut citer Rodrigue Beaubois qui a été sacré champion à la NBA, Thierry et Didier Bernard, des basketteurs de grand talent. Les long paliers qui donnaient accès aux appartements permettaient d'entretenir des liens de bon voisinage entre les parents pendant que les enfants eux disputaient des matchs interminables de football.
DES PERSONNALITÉS DE RENOM Y ONT VÉCU
« Chaque barre avait son équipe et c'était le duel permanent entre nous afin de départager la meilleure équipe sur le terrain. Ce dernier avait été construit entre les cités. Chaque bâtiment formait une seule et grande famille » , raconte un des anciens locataires.
Des artistes comme Camille Soprane, Tony Lodin, Claude Vamur, Jean-Michel Rotin, Pascal Vallot, etc., ou des personnalités médiatiques comme Jean-Pierre Sturn, Jean Chomereau-Lamotte, Max Severin, Raymond Gauthierot, Roberto Leguier ou Marc manne y ont vécu.
Toutes ces personnes ont contribué à la bonne réputation des lieux. « Ce qui n'était pas toujours évident » , a expliqué avec fierté Rudy Séverin, président de l'association.
Les amis ont marqué une minute de silence en mémoire de tous les disparus. Leurs photos ont été projetées. Face à ses images, un grand moment d'émotion a saisi la communauté des résidents. Parmi les décédés, il y a notamment, le jeune Daniel Palatin mort noyé, les frères Loiseau ou le regretté Radjy Belonne, qui s'était fait un nom dans le monde agricole.
ILS ONT DIT
Didier Bourguignon, professeur d'art martial : « Moi, j'étais le roi des 4 bâtiments »
« Moi j'étais le roi (rire). Il y a des anecdotes qu'on ne pourra jamais effacer de la mémoire, comme celui d'un grand match inter bâtiment qui a réuni les quatre équipes. Le bâtiment B qui était le plus faible (éclats de rires dans la salle) a encaissé sept buts, ce jour-là. Leur honneur avait vraiment pris un coup. Cela s'est soldé par un jet de pierres dans la résidence et par des disputes sur le terrain. On a gagné les couloirs et les escaliers. C'était la cata,! On ne s'est presque plus parlé pendant plusieurs semaines entre joueurs. Même les supporters, qui étaient nos parents, étaient fâchés. Aujourd'hui, cela fait sourire mais l'ambiance était chaude . »
Rodrigue, animateur de quartier : « On vidait le bocal de bonbons »
« Je me souviens des sucreries de la mamie qui tenait un petit lolo au rez-de-chaussée. Après les matchs, on avait toujours très soif, on achetait un floup que l'on partageait à plusieurs. Quand elle se retournait pour se diriger vers les bâtonnets sucrés, on lui vidait le petit bocal de bonbons en Jésus.
La pauvre! Ce n'était pas cool, on en a un peu honte, aujourd'hui. Mais c'est trop tard, elle est décédée depuis. Je suis sûr qu'elle nous pardonnera. D'ailleurs, je verse une petite gorgée de rhum au sol pour lui rendre hommage. Elle habitait un trois chambres, c'est ainsi qu'on disait à cette époque. »
Bernard Baltide, entraîneur et préparateur : Le bonheur et la peur se mélangeaient
« Tout se déroulait autour du sport et de la musique. Ces activités entretenaient le rêve comme dans les favelas. Le rêve de devenir un homme, une idole, une fierté pour son bâtiment et sa famille. Nous assistions avec peine aux derniers transports de cases vers Lauricisque (dans le cadre de la première rénovation urbaine, NDRL). Toutes ces modifications et ces grands chantiers faisaient peur à un ado qui n'avait pour seul repère, ce décor que les bulldozers lui enlevaient. Nous nous baladions dans ces quartiers des Tours Frébault en pleine construction. Nous éprouvions un sentiment de bonheur et de peur, à la fois. Mais, on avait le sport qui représentait le rêve d'un avenir meilleur comme pour les stars du Brésil, que nous avions en exemple, à l'époque. Le rêve s'est concrétisé pour beaucoup d'entre nous. »
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