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Guyane. Abattis Cottica, un paysage unique

France-Antilles Guadeloupe 06.08.2018
Stéphanie BOUILLAGUET

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Guyane. Abattis Cottica, un paysage unique
Entre le village Enfant perdu et le saut Léssè Dédé, le fleuve Maroni forme un dédale fluvial, véritable labyrinthe naturel.

Entre Papaïchton et Grand Santi, les Abattis Cottica forment un dédale fluvial où la beauté des paysages se combine à un passé historique riche et à des traditions vivaces. Voici cinq bonnes raisons de découvrir ce lieu exceptionnel sur les cours moyens du Maroni, en Guyane.

1. UN PAYSAGE UNIQUE
GUYANE.À une quinzaine de kilomètres au nord du bourg de Papaïchton, le fleuve Maroni semble s'effilocher ; d'innombrables roches couleur pastel viennent soudainement entraver son cours. Dans cet immense labyrinthe fluvial, où les piroguiers naviguent avec prudence, les minces cours d'eau de la saison sèche se faufilent entre les barrières rocheuses et les îlots couverts de forêt. Ici, les passages calmes et reposants alternent avec des sauts mouvementés et périlleux. La montagne Cottica (730 m, aussi appelée Lebi Dotsi ou « Terre Rouge » en français) domine ce tableau, l'un des paysages les plus marquants de Guyane.
2. LA SALADE-COUMAROU, SPECTACLE DU DÉBUT DE LA SAISON SÈCHE
Recouvertes en saison des pluies, les roches des Abattis Cottica se dévoilent progressivement quand le fleuve commence à descendre, en début de saison sèche. C'est le moment idéal pour observer les fleurs violettes de la salade-coumarou qui se dressent sur les rochers. C'est aussi à cette période que s'ouvre le bal des papillons citrons qui semblent s'engouffrer par milliers dans des couloirs invisibles. Parcourir le fleuve constitue alors un spectacle inoubliable.
3. UN LIEU CHARGÉ D'HISTOIRE
Les Abattis Cottica ont été le théâtre d'épisodes historiques fondateurs pour la communauté noir marron boni (aussi appelée aluku). À la fin du XVIIIe siècle, les BoniI y ont affronté les Hollandais qui les pourchassaient, puis les Ndjukas qui s'étaient alliés aux colons. C'est également à cette période que le chef guerrier Boni s'illustre dans de nombreux actes de bravoure et acquiert la légende qui l'accompagne encore aujourd'hui. Les Abattis Cottica représentent ainsi le symbole de la lutte des Boni pour leur liberté et leur territoire. Les innombrables polissoirs qui creusent les roches témoignent par ailleurs d'une occupation ancienne amérindienne. Des tessons de céramique et des poteries ont également été retrouvés sur la rive.
4. UN HAUT-LIEU DE CULTE
La partie terrestre des Abattis Cottica et en particulier la montagne qui les surplombe est un lieu de culte important pour la population aluku. Des cérémonies traditionnelles se déroulent à des occasions précises et dans des zones confidentielles que la communauté ne souhaite pas ouvrir aux visiteurs.
C'est notamment le lieu où reposent les grands chefs coutumiers, les Gaan man. La montagne Cottica conserve ses mystères et ses secrets, de génération en génération.
5. UNE BIODIVERSITÉ REMARQUABLE
Depuis le lit du fleuve jusqu'au sommet de la montagne, les Abattis Cottica sont caractérisés par une grande diversité écologique. Les milieux naturels y sont très variés : forêts marécageuses, forêts de moyenne altitude, cambrouses, dalles rocheuses, falaises... Des missions d'exploration scientifique menées en 2005 et 2007 ont mis en évidence la présence d'espèces rares, voire nouvelles pour la science. Le site forme en outre un corridor écologique, ses îles et îlots représentant des ponts naturels permettant aux espèces de circuler d'une rive à l'autre du Maroni.
Polissoires circulaires amérindiens sur les roches de Gaan Chton, dans les abattis Cottica sur le Maroni. (Guillaume Feuillet)
Stéphanie BOUILLAGUET France-Antilles Guyane
3 QUESTIONS À ...JULES DEIE, maire de Papaïchton : « Les carbets s'inspireront de l'architecture aluku »
Les carbets s'inspireront de l'architecture aluku »
Les Abattis Cottica forment un site exceptionnel, mais restent encore assez peu connus sur le littoral... En effet, ce n'est pas un lieu très connu du grand public. Jusqu'à maintenant, la plupart des personnes qui l'ont visité venaient principalement de l'Hexagone et étaient intéressées par la découverte de la nature et de la faune amazonienne. Ce site n'est pas reconnu comme il le devrait. C'est pourquoi nous allons lancer des campagnes de valorisation de cette destination, afin d'encourager l'ensemble des Guyanais à venir le découvrir.
Quel tourisme souhaitez-vous développer ?
Les Abattis Cottica sont un site classé, il est important de ne pas détruire cette richesse. Nous nous orientons donc vers l'écotourisme, dans des espaces déterminés. La mairie porte notamment un projet touristique pour lequel nous avons sollicité des fonds européens. Il consiste à construire deux carbets à Gaan Chton qui pourront accueillir les touristes. Ces carbets s'inspireront de l'architecture traditionnelle aluku.
Ce projet constituerait donc une opportunité pour la commune ?
En effet, nous travaillons en parallèle à structurer la filière afin que le tourisme profite en premier lieu aux habitants de Papaïchton. On peut imaginer des prestations touristiques globales comprenant le transport depuis l'aérodrome de Maripa-Soula, la restauration et des activités de découverte sur place avec des prestataires locaux. Les habitants de Papaïchton ont l'habitude d'aller aux Abattis Cottica, notamment pour pêcher. Tous n'ont pas forcément conscience de la richesse que peut représenter ce site pour la Guyane toute entière.
REPÈRES
32 000 hectares
Le site des Abattis Cottica et la montagne Cottica représentent 32 000 hectare, en aval du bourg de Papaïchton. Il s'étend sur 15 kilomètres entre le village Enfant Perdu et le saut Léssè Dédé.
Frontière
Situés sur le territoire de la commune de Papaïchton, les Abattis Cottica forment une frontière naturelle avec la commune de Grand Santi. Ils marquent ainsi l'entrée en pays boni.
Un des plus hauts sommets
La montagne Cottica culmine à 730 mètres d'altitude. Elle fait partie des plus hauts sommets de Guyane, après les montagnes Bellevue de l'Inini (860 m), le mont Itoupé (830 m) et les monts Atachi Bakka (782 m).
Une exposition en préparation
Afin de valoriser ce site exceptionnel, la mairie de Papaïchton et le Parc amazonien devraient installer prochainement une exposition permanente dans le bourg. Une exposition itinérante est également prévue sur le littoral.
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